Un zinc où refaire le monde

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Ouvrir un bar. Ils ne sont pas les premiers à avoir eu cette idée. Mais eux l’ont fait, et de la plus belle des manières. Un joyeux groupe de Phalsbourgeois a façonné un café associatif qui promeut la culture, le bio et l’échange. Un lieu où boire un verre et refaire le monde.

Benjamin et Barbara officient bénévolement derrière le bar. Photo : DNA - Hélène DAVID

Benjamin et Barbara officient bénévolement derrière le bar. Photo : DNA - Hélène DAVID

Au Cotylédon, le café associatif installé dans les locaux d’une ancienne pizzeria de la rue du Maréchal-Foch, un simple coup d’œil sur la carte annonce la couleur. La bière, Blessing, a été brassée à Waldhambach, les tartines « pesto ail des ours » ou « pesto basilic » proposées en « mises en bouche » sont bios, à l’image de l’ensemble des produits proposés, et pour chaque boisson, la distance qui sépare sa provenance de Phalsbourg est indiquée : 32 kilomètres pour les jus de fruit de Dutzenheim, 40 kilomètres pour les jus de légumes de Krautwiller… et 5 500 kilomètres pour les cafés d’Ethiopie.

Mais pour goûter à l’un de ces breuvages, encore faut-il adhérer à l’association Le Cotylédon (terme désignant le premier nœud de l’embryon végétal né d’une graine), créée sur l’impulsion de l’association Les Blettes Sauvages, organisatrice des foires bios et artisanales de Phalsbourg et de l’Amap les Ombelles.

« Un bar sans anonymat où l’on dépasse la relation commerciale »

Le prix de l’adhésion est libre, mais suffit à faire de quiconque boit un verre ici non plus un client mais un membre. Un principe d’adhésion exigé par les statuts légaux du café, qui contribue, aussi, à l’esprit du lieu ouvert sauf exception les mardis de 17 h à 22 h, et les vendredis et samedis de 17 h à 23 h.

« C’est un endroit plus humain, convivial, qui n’est pas mercantile et où l’on trouve des têtes sympathiques », résume Emmanuel en sirotant sa bière. Dans les enceintes retentissent les paroles de Blowin’In the Wind, version Joan Baez. Sur les tables agrémentées de petites bougies, les derniers numéros de l’hebdomadaire « Le Un » ont été disposés. Au fond de la salle, une bibliothèque déborde de livres et jeux. Et une caisse de jouets est mise à la disposition des enfants, qui sont évidemment les bienvenus dans ce lieu qui se veut de partage.

Samedi soir, c’est Benjamin et Barbara qui officient au bar. Ingénieur en bâtiment, le premier a trouvé ici un endroit où « rencontrer du monde. Un bar sans anonymat où l’on dépasse la relation commerciale ».

Une quarantaine de personnes ont déjà proposé leur service pour jouer au barman/barmaid et à l’épicier, en vendant les quelques produits bios proposés à la vente dans un coin du café officiellement inauguré à la mi-octobre.

Et « quand les gens qui sont derrière le bar ne savent pas faire, on les aide à changer les fûts », précise Michel, un habitué des lieux qui attend l’arrivée de Jo Nousse et Barnab, les musiciens de La Schlapp Sauvage, programmée ce soir sur la scène du Cotylédon.

La Schlapp sauvage, samedi sur la scène du Cotylédon. Photo : DNA - Hélène DAVID

La Schlapp sauvage, samedi sur la scène du Cotylédon. Photo : DNA - Hélène DAVID

Lieu de culture

Car l’endroit se veut lieu de culture. Concerts, expositions, conférences, spectacles de danse ou vide-dressing : « Tout est possible », résume Christophe Schmitt, l’homme qui a eu l’idée de créer ce lieu mais en réfute la paternité : « C’est un projet collectif », insiste-t-il.

Et c’est bien aux bénévoles, via leurs propositions et idées, de faire vivre la culture entre les murs du local loué à prix symbolique (200 €) par la mairie de Phalsbourg.

« Beaucoup de bonnes volontés se sont manifestées », retrace Christophe pour lequel « les associations n’ont pas encore pris la mesure des possibilités ». Le club d’échecs de Saverne, par exemple, pourrait prochainement s’installer dans la salle arrière des lieux qui ont vocation à être partagés, le but étant de « créer du lien entre les gens ». Seul impératif : il faut savoir servir une bière. On ne privatise pas le Cotylédon, on s’y installe et on contribue à cette aspiration collective autogérée et structurée en commissions.

Meubles et décoration de récupération, produits bios, choix du fournisseur d’électricité d’origine renouvelable Enercoop, compte bancaire domicilié à la coopérative financière Nef et organisation de réunions du Sel (système d’échange local) : la démarche du Cotylédon est incontestablement engagée. Mais les membres se défendent de mettre en œuvre un projet politique. « C’est un projet humain », analyse Emmanuel. Mais « l’humain, c’est un projet politique », rétorque Michel.

Prochains rendez-vous : soirée jeux le vendredi 18 novembre de 17 h à 21 h, « Contes enchantés » par Pierre Pochat samedi 19 novembre à 16 h avec goûter partagé pour petits et grands, et pour adultes à 20 h 30. Vide-dressing gratuit vendredi 25 novembre à 17 h 30.

Informations complémentaires : www.lecotyledon.fr.

DNA-Hélène David (07/11/2016)

Publié dans Initiative

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