Le renard, éternel mal-aimé ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

C’est une évidence : il y a comme ça des têtes qui, décidément, ne reviennent pas et, se retrouvant du mauvais côté de la balance, les malheureux sont systématiquement persécutés ! Il y eut jadis les « becs crochus » que l’on affublait des pires maux et qui, des siècles durant, furent injustement martyrisés…

L’ours, le loup, le lynx et, de manière générale, la très grande majorité des petits carnivores et mustélidés, ont l’insigne honneur de figurer sur la liste des « nuisibles » et ne bénéficient pour le coup que de peu de considération mais, au contraire, d’une animosité quasi sans limite… 

Photo : Jean-Louis Schmitt

Photo : Jean-Louis Schmitt

S’il est un animal qui illustre parfaitement ce vaste débat, c’est bien le renard ! En voilà un en effet qui, bien malgré lui et à lui tout seul, cristallise toutes les crispations entre ceux qui, d’une part, ne voient en Goupil qu’un destructeur invétéré de volailles et, d’autre part, ceux qui, plus réalistes, prennent sa défense pour qu’enfin soit reconnu son rôle de prédateur indispensable dans le milieu naturel !

Le débat est évidemment malaisé tant le sujet est sensible et les deux camps visiblement inconciliables ! Le fait est que, en dépit des nombreuses études et observations réalisées depuis des décennies, les adversaires du renard refusent toujours l’évidence et continuent de prôner sa destruction systématique…

Mais, qu’en est-il vraiment du régime alimentaire du renard ?

C’est un opportuniste et voilà qui plaide vaguement en sa défaveur lorsque lui vient l’idée saugrenue d’aller se servir directement chez les éleveurs ce qui, vous en conviendrez, est nettement plus facile que de courir la campagne à la recherche d’hypothétiques proies ! Or, l’humain lésé ne voit pas ces incursions destructrices d’un très bon œil ce qui est naturellement très compréhensible aussi !

Pour autant, soyons justes et magnanimes : si un élevage est correctement protégé, aucun prédateur ne devrait pouvoir s’y introduire ! Par ailleurs, trop souvent décrits comme de véritables carnages, ces actes sont délibérément et outrageusement médiatisés alors qu’ils demeurent des faits forts rares !

Tout comme en ce qui concerne les cas de prédation –ou supposés tels- des loups, on préfère s’en prendre violemment aux auteurs présumés des pillages que de mettre en place un système de protection digne de ce nom… On oublie un peu vite que la nature constitue un tout avec des entités très diverses dont la majorité, quoique présente bien avant l’homme, est constamment spoliée de son espace vital et ce sans le moindre état d’âme !

Or, on préfère balayer de telles évidences d’un simple revers de manche et mener de véritables et sanglantes représailles contre les importuns…

Le renard et le « gibier »…

Voilà encore un argument volontiers mis en avant par ses détracteurs : le renard serait un redoutable consommateur de « petit gibier » ! Or, là encore, il convient de rétablir la réalité des faits.

Ainsi, concernant les lièvres, tout observateur honnête et objectif confirmera que Goupil est très loin d’en faire son plat principal : le lièvre court vite et le renard le sait parfaitement. Il faut donc qu’il soit vraiment tenaillé par la faim pour tenter de courser cette proie potentielle… 

Photo : JLS

Photo : JLS

Il en est autrement des faisans ou perdrix (1) : ces oiseaux d’élevage régulièrement introduits par les chasseurs –et souvent quelques jours seulement avant l’ouverture- ne sont évidemment pas adaptés aux milieux dans lesquels on les lâche et constituent une véritable aubaine pour n’importe quel prédateur !

Là encore, comment pourrait-on en vouloir au renard de s’en prendre à ce « gibier » qu’on lui met quasiment sous le nez ? En fait, il agit présentement de la même manière que les chasseurs eux-mêmes : il va au plus facile… sauf que lui, il ne chasse bien évidemment pas pour le plaisir !

Le renard, allié efficace de l’agriculteur !

Les nombreuses études et observations sérieuses des renards sont unanimes : Goupil survit essentiellement grâce à ses talents d’éboueur –c’est lui en effet qui « débarrasse » la nature d’un grand nombre de charognes qu’il nettoie consciencieusement limitant ainsi le risque d’épidémies- et, surtout grâce à son impact sur les populations de micromammifères !

Aussi, s’il est des chiffres à retenir, ce sont bien les suivants : « chaque renard se nourrit de 3 000 à 8 000 rongeurs par an, sa proie de prédilection étant le campagnol » (2) ce qui, en toute logique, fait de l’espèce un merveilleux et indispensable auxiliaire de l’agriculture !

Cet argument plaide à lui seul pour une reconsidération du statut officiel de l’animal réclamé depuis fort longtemps par ceux qui ont choisi de défendre l’infortuné…

Photo : JLS

Photo : JLS

Le renard et la transmission de certaines maladies à l’homme.

Autre argument régulièrement avancé par ceux qui militent activement pour la destruction systématique des renards : le risque de transmission de certaines pathologies à l’homme. Or, le fait a largement été démontré en ce qui concerne la rage (fort heureusement éradiquée actuellement) tout comme à propos de l’échinococcose alvéolaire que plus on s’acharne sur l’espèce vulpine en la détruisant, plus les maladies en question progressent (3) !

Photo : JLS

Photo : JLS

Pourquoi dès lors tirer les renards ?

En regard des éléments précédemment abordés et des diverses conclusions qui plaideraient largement non plus pour l’élimination du renard mais bien plus certainement en faveur de sa protection, voilà donc une question qui mérite d’être posée !

La réponse est très simple et, pour tout dire, clairement frustrante ! En effet, si, contre toute logique et surtout sans aucune raison scientifique, le renard continue à être décimé comme il l’est actuellement, c’est sans doute par la méconnaissance de l’animal mais, surtout et tout bonnement parce qu’il constitue un « gibier » de choix permettant à nombre de porteurs de fusils de « s’amuser » et ce même en-dehors des périodes officielles d’ouverture de la chasse.

En effet, le renard –comme d’autres malheureux d’ailleurs, ne l’oublions pas- est non seulement classé chassable en bien des régions mais, pire, il figure sur la liste peu enviable des « nuisibles » et peut à ce titre être chassé, piégé, déterré à l’instar du blaireau… toute l’année, de jour comme de nuit !

Voilà qui est injuste évidemment mais aussi totalement inepte pour qui connaît un tant soit peu les mécanismes de la nature : la « nuisibilité » de l’espèce étant en l’occurrence pour le moins subjective et diamétralement en contradiction avec la notion de biodiversité pourtant rebattue à l’envi !

Photo : JLS

Photo : JLS

En conclusion

Le renard, magnifique et indispensable animal, est un élément à part entière de notre patrimoine naturel ! Si rien ne justifie l’acharnement à sa destruction ni les nombreuses persécutions dont il fait l’objet, il y a de toute évidence encore fort à faire pour faire évoluer des mentalités largement influencées par les lobbies pro-chasse !

Le renard mérite naturellement mieux que ça et c’est à chacun d’entre nous de contribuer au rétablissement de la vérité le concernant : comme le loup, l’ours, le lynx… le renard ne souhaite pas que nous l’aimions mais, assurément, juste qu’on lui fiche la paix !

Photo : JLS

Photo : JLS

  1. 20 millions de faisans, lièvres et perdrix d'élevage sont relâchés annuellement par les chasseurs !
  2. Publication de Patrice Lucchetta, Médiateur scientifique aux Jardins du Muséum à Borderouge. Voir http://natureiciailleurs.over-blog.com/2016/10/nuisible-qui-es-tu.html
  3. « Une expérience à grande échelle, menée autour de la ville de Nancy, a montré que la zone dans laquelle a été pratiquée une destruction maximale des renards a vu la prévalence de cette maladie augmenter par rapport à la zone témoin, sans régulation » (Ibid)

 

Article de JLS publié dans le n° de novembre 2016 de la revue "Vivre en Harmonie"

 

Publié dans Faune-Flore, Animaux, Chasse

Commenter cet article

Jpl 17/11/2016 00:08

Ce soir, il y a une heure, nous avions des os de carcasse de poulet, des épluchures de pommes un restant de carottes pommes de terre et...pas de Jules en vue alors que d'habitude il vient allumer la lumière automatique du jardin... mais j'ai pris l'habitude de les siffler, un peu comme avec nos amis les chiens.....trois minutes plus tard, trois renards dont "Jules" étaient là. En 5 minutes tout avait disparu, nos goupils et bien sûr les restes alimentaires! Tiens donc, répondraient-ils au sifflement lorsque on les appelle, se souviendraient-ils des lieux et même peut être qu'ils me reconnaissent !! Bizarre non, pour un nuisible ce comportement proche du meilleur ami de l'homme. Parfois je me dis que je devrait peut être leur faire une niche! Allez, Jules, encore un petit effort, viens donc taper à la porte si tu as faim...chasseurs si vous lisez ces lignes, vous ne pouvez pas comprendre...et c'est bien dommage!

Jpl 16/11/2016 09:21

Je mesure ici l'immense chance que j'ai, d'avoir tous les soirs dans le jardin la visite de notre "Jules" le renard, qui est maintenant adulte, souvent accompagné d'un ou deux congénères mais il y en a eu jusqu'à 8 certains soirs de cet été.
Ils nous débarrassent sans problème de restes alimentaires qui, sinon, iraient augmenter notre volume de déchets.
Il y a de plus en plus de voisins qui ont des poules, dont certaines en liberté au moins pendant le jour et je n'entends pas parler de ravages dans leurs rangs causés par les renards.
Je demeure en milieu semi urbain, nous avons connu une époque où beaucoup de rats traînaient dans le secteur et ces derniers sont devenus très nettement plus rares, est-ce grâce à nos renards? Possible!
Il faut signaler que dans notre département le renard n'est plus classé nuisible, malheureusement les voitures le sont pour lui.
Le renard fait partie de cette biodiversité que l'on malmêne de plus en plus malgré les constats de menaces que cela représente pour nous mêmes...il faut vraiment être complètement stupide pour argumenter de l'utilité de la chasse en se référerait à notre histoire, il est plus que temps de penser notre avenir, c'est notre peau qui est en jeu, sa sauvegarde ne passe certainement pas pas les actions délétères des "panpans je tire sur tout ce qui bouge"

Jean-Louis 16/11/2016 11:17

Merci JPL pour ces nouvelles de « Jules » le renard et de ses congénères qui, décidément, ont bien de la chance d’avoir trouvé un jardin aussi accueillant !

Ce n’est malheureusement pas très commun et je me désole souvent devant cette authentique haine que suscite généralement ce bel animal à sa simple vue : il y a derrière cette réalité des décennies de désinformation savamment orchestrés par ceux qui ne veulent rien céder de leurs pseudos droits en matière de chasse, désinformation que ces indécrottables obscurantistes continuent de propager envers et contre toutes les lois naturelles : voir-ci-dessous la lamentable sortie du président de la FC 54 : c’est éloquent et, ô combien révélateur… !

Pour autant, ce sont ces gens-là qu’écoutent les ministères et ceux qui font et défont les lois et c’est bien là le drame !

Bref, nous avons encore du boulot pour essayer de faire changer des mentalités qui sont décidemment très arriérées… et je pèse mes mots !

Longue vie donc à tous les Jules : pour le tien, heureusement, je me fais aucun souci !

martine 14/11/2016 18:41

cette semaine mon amie m- j m'a dit qu' un roux a 4 pattes traverse ma rue a cote de ma maison en plein jour

martine 14/11/2016 17:24

bravo bravo bravo
je vais faire de mon mieux pour transmettre ce document a un grand nombre de personnes
je suis optimiste et veux croire a la survie du renard , car le renard sera toujours plus malin et intelligent que l'homme..........

Jean-Louis 14/11/2016 17:54

Bel optimisme en effet : je te l'envie !
Sur le terrain, il y a cependant de quoi déprimer ! Ainsi, les rencontres avec Goupil sont-elles de plus en plus rares si ce n'est avec sa dépouille négligemment abandonnée par les tireurs ! Consternant :(

sdn 14/11/2016 14:52

Ami renard, je t' aime et admire ton incroyable beauté!
Maitre Renard, merveilleux goupil emblématique de la maltraitance et de la cruauté des chasseurs ... mais aussi de tous ceux qui croient benoitement aux pseudo arguments de la chasse-loisir.
L' Education Nationale serait bien inspirée de faire entrer La Hulotte au programme de toutes les écoles et dès le Primaire, au lieu d' y laisser entrer les chasseurs et autres sinistres piégeurs!

daniel crisman 14/11/2016 11:03

Merci pour cet excellent article sur notre sympathique renard martyrisé par les sanguinaires incultes chassassins; il suffit de lire leurs minables et fausse justifications pour s'en convaincre.
D.C.

Jean-Louis 14/11/2016 07:11

Sous le titre de « La vérité sur le renard roux » la fédération des chasseurs 54 réagit à la conférence de presse organisée par des associations de protection de la nature sous le titre « le renard roux, plus utile que nuisible » par un communiqué que je livre à votre réflexion ci-dessous !

N’hésitez pas à réagir : notre ami le renard le vaut bien !
Communiqué des chasseurs :

"Vous avez remarqué dans la presse qu’une poignée d’associations naturalistes cherchaient à faire interdire la chasse, le piégeage et la régulation des renards avec des arguments aussi creux que leur détestation de la chasse et des chasseurs est grande. Vous trouverez ci-après l’éditorial du président Massenet consacré à cette nouvelle attaque contre nous.
Mais il ne faudra pas en rester là : attention, très prochainement, c’est désormais une obligation légale, l’administration départementale va lancer, via Internet, une enquête publique pour recueillir l’avis des citoyens sur la chasse et le piégeage du renard dans notre département. Il faudra répondre massivement à cette enquête et ne pas laisser nos détracteurs seuls occuper le terrain des sondages… Nous reviendrons vers vous à ce moment-là, dans les semaines qui viennent. De votre mobilisation dépendra l’avenir de cette chasse.
Le document joint que nous envisageons de diffuser au plus grand nombre tente de rétablir une vision plus objective de l’état de conservation du renard roux… "

LE RASSEMBLEMENT DES MENTEURS

Le 12 septembre dernier, 28 associations de protection de la nature (APN) ont convoqué la presse au centre Ariane à NEUVES-MAISONS (54) afin de l’informer de la situation du renard roux dans la région Grand Est. Le titre de leur document de présentation était « le renard roux, plus utile que nuisible » et s’ensuivait un argumentaire en quatre points conduisant à une conclusion logique : puisque le renard est plus utile que nuisible, il faut donc arrêter de le chasser et de le piéger.
Malgré un tapage médiatique considérable sur les réseaux naturalistes, seulement 40 personnes se sont rendues à cette conférence de presse. Ayant eu vent de celle-ci, en compagnie de trois administrateurs de la FDC 54, d’un président de GIC local, du directeur et d’un technicien de la FDC 55, je me suis rendu à cette conférence de presse.
Je me suis présenté au service d’accueil afin d’apporter la contradiction et les organisateurs dont je ne citerai pas les noms, cela leur donnerait trop d’importance, nous ont refusé l’accès à la salle prétextant qu’il s’agissait d’une réunion privée. Vous comprendrez bien qu’en convoquant la presse écrite, parlée et audiovisuelle, il est difficile pour nous d’accepter cette notion de réunion privée. D’ailleurs un administrateur de la FDC 54, arrivé en retard et discrètement, a pu assister à cette conférence de presse.
Tous les arguments développés ont donc été repris par la presse même si certains médias ont tenu à rappeler que nous avions été interdits de salle, le but des 28 APN dont l’immense majorité n’a rien à voir avec le renard car s’occupant des oiseaux, des batraciens, des insectes, des chiroptères, des poissons et même de la flore, a été atteint.

Tous les arguments présentés me font dire que nous avons assisté au plus grand RASSEMBLEMENT DE MENTEURS concernant le renard roux de notre région. Mon devoir est de vous alerter de cette offensive médiatique dont le but est l’interdiction de la chasse et du piégeage du renard sous toutes ses formes.

Naturellement, nous avons réagi à cette campagne démagogique et nous allons maintenir une vigilance accrue en vous tenant informés de l’évolution de ce dossier. N’oubliez jamais que le but ultime de toutes ces APN est l’interdiction de tous les modes de chasse et de toutes les espèces chassables, ces gens-là vivent et travaillent au service de leur idéologie sectaire.
Winston Churchill écrivait : « Tout peuple qui oublie son passé, n’a pas d’avenir. » Cette maxime s’applique tout à fait à la situation que je viens de vous décrire."

et c'est signé : Patrick Massenet (Fédération de chasse de Meurthe-et-Moselle) 28/10/2016

Jean-Louis 14/11/2016 11:10

"Rassemblement de menteurs" osent-ils dire !

Autant de mauvaise foi en dit long sur les réels intérêts des chasseurs qui refusent de regarder la réalité en face et ne souhaitent qu'une chose : qu'on les laisse massacrer ce qu'ils veulent à leur guise !

"Protecteurs de la nature" se disent-ils sans vergogne et sans rougir le moins du monde !!!

Frédérique 13/11/2016 14:14

Merci pour cet article