La couleur en mouvement

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Wilwisheim - Sophie Bassot ouvre les portes de son atelier.

Artiste autodidacte puisant dans la nature pour traduire en peinture ses émotions, Sophie Bassot a posé ses valises depuis quelques mois à Wilwisheim afin d’installer son atelier dans une maison ancienne. Dans quelques jours, elle en ouvrira les portes pour exposer sa collection « Elements », inspirée de la violence du temps.

Pour ne pas être entravée, Sophie Bassot peint directement sur ses toiles. Photo : DNA - A-C. G.

Pour ne pas être entravée, Sophie Bassot peint directement sur ses toiles. Photo : DNA - A-C. G.

Dans une impasse un peu à l’écart, nichée derrière l’église, se cache à Wilwisheim une maison ancienne où Sophie Bassot jette depuis quelques mois ses pigments de couleurs sur des toiles. Passé le porche, c’est une grande cour qui s’offre au regard, une ancienne grange en face, la maison à droite, dans laquelle un espace a été aménagé en atelier. On peut lire ainsi, à même le mur d’un couloir, « Attention, vous entrez dans une zone atelier », une flèche invitant à monter un escalier de bois. L’étage aux poutres apparentes donnant l’impression d’un vieux corps de ferme est égayé par les couleurs vives de toiles posées ici et là. Sur une table, des pigments de couleurs, des pinceaux de toutes dimensions, dans un calme absolu, propice à la création, où seuls trois chats s’aventurent.

« Quand j’ai vu la grange je me suis dit “c’est génial !” »

Sophie Bassot a eu un réel coup de cœur pour cette ancienne bâtisse datant au moins de 1914 selon l’inscription à son fronton. L’artiste originaire d’Obernai n’avait plus véritablement d’atelier depuis trois ans et après quinze années entre Brumath et Mommenheim, c’est donc à Wilwisheim qu’elle a posé ses valises. « Je ne connaissais pas du tout le village, avoue-t-elle. Pour moi, c’était juste sur la route pour aller à Saverne, je ne m’étais jamais arrêtée. » Tombée sous le charme du lieu, elle s’y voyait déjà accrocher ses toiles : « Quand j’ai vu la grange je me suis dit “c’est génial !”, car je rêve de faire des toiles de trois mètres sur quatre. »

Après ses premiers ateliers ouverts en mai, pour lesquels elle avait invité sept artistes, la peintre inaugurera le 18 novembre prochain l’exposition 10/10, sa première en solo dans ce lieu. A travers cette maison, et notamment sur les plus de 100 m² d’exposition offerts par la grange, le regard pourra prendre du recul sur les toiles de la collection « Éléments » : dix très grands, mais également dix très petits formats, pour une exposition qui ira « du XS au XXL ». Un défi difficile pour celle qui aime peindre en grand. « Quand vous emménagez, vous avez d’abord un studio, puis un deux-pièces, un trois-pièces, etc. C’est difficile de revenir en arrière. »

C’est dans de vieux livres que Sophie Bassot esquisse ses croquis. Photo : DNA - A-C. G.

C’est dans de vieux livres que Sophie Bassot esquisse ses croquis. Photo : DNA - A-C. G.

Violence des événements de l’année passée

Mais qu’elles soient grandes ou petites, ces œuvres puisent toutes leur inspiration dans la nature. D’une balade, Sophie Bassot revient avec des idées, des photos, des mots qu’elle note sur un carnet ou au mur, près de sa future toile. Ainsi peut-on lire sur un mur : « Etre dans les tumultes… du paysage… Les paysages sont toujours plus grands que nous. » Car le paysage, c’est bien ce qui est au cœur de la collection « Éléments ». Des toiles dans les tons de vert, de bleu, des touches de blanc et des tons sombres, « mais pas de noir , même si on peut en avoir l’impression », souligne celle qui tient à travailler le pigment pour obtenir la plus grande palette de couleurs possible. L’artiste autodidacte peint à l’ancienne, directement sur une toile de lin accrochée au mur afin de laisser libre cours au mouvement, « pour ne pas être entravée par l’encadrement ». 

Dans ce mouvement naturel, elle impose aussi une nouvelle dimension au paysage, ni « obsolète ou altmodisch », sourit l’Alsacienne. Dans ces tableaux où « la couleur va faire vibrer la toile », Sophie Bassot laisse la peinture libre : « les coulures sont des accidents contrôlés ».

Pour cette série « Éléments » à découvrir dans quelques jours, elle a puisé dans la violence des événements de cette année : attentats ou déchaînements climatiques. Devant une toile dans des tons de gris, elle évoque « l’orage de Nice », un autre suggérant les bleus d’une mer déchaînée rappelle « les inondations de Wasselonne ». Des moments, des ressentis, qu’elle couche sur la toile. Inutile d’y chercher un lieu précis. « Je voulais montrer que la nature peut être d’une poésie et d’une beauté incroyable et des fois tout engloutir », explique-t-elle.

Artiste accomplie aujourd’hui, ayant déjà exposé en France, en Belgique, en Allemagne et bientôt en Suisse, Sophie Bassot considère son attrait pour l’art comme une évidence : « J’ai toujours gribouillé ». Elle se souvient encore de sa « première émotion picturale, à 15 ans lors d’une sortie scolaire à Bâle : j’ai vu les Nymphéas de Monnet ». Une passion qui s’est imposée, au point de quitter un poste en entreprise en 2010 pour en faire son métier. 

Alors, ce nouvel atelier durablement installé à Wilwisheim est une étape de plus. Mais Sophie Bassot ne s’arrêtera pas là et a déjà d’autres projets pour mettre en valeur son art, mais aussi l’aspect atypique de la bâtisse où elle réside depuis février. Son actuel atelier pourrait ainsi déménager dans la grange afin de faire de cet espace de création un gîte. Affaire à suivre en 2017.

Exposition 10/10 les 18, 19, 20 et 21 novembre à l’atelier de Wilwisheim, 3 rue Saint-Martin. Vernissage le 18 novembre à partir de 18 h. Plus de renseignements sur www.sophiebassot.com.

DNA-Anne-Claire Gross (12/11/2016)

Publié dans Initiative, Portrait

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