La chasse décomplexée

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Voici un très bon article paru dans les colonnes du Monde d’hier (16 novembre 2016) ! Une enquête fouillée et révélatrice sur le monde de la chasse dans notre pays et de ses tentaculaires accointances avec le monde politique qui, de quelque bord qu’il s’agisse, ne cherche qu’à s’attirer les électeurs influents que seraient les chasseurs… La nature, la biodiversité, le sort des bêtes en revanche n’affectent nullement ces opportunistes !

Comme le rappelle très justement Gérard Charollois " Face aux lobbies chasse, tauromaniaque et agricole, les groupuscules prétendument animalistes, trop divisés, ne pèsent rien. Il faut unir, rassembler, si on ne veut pas s'agiter pour rien dans son petit coin ".

Qu’on se le dise !

JLS

Chevrette tombée sous les balles de chasseurs. Photo : © Daniel Crisman

Chevrette tombée sous les balles de chasseurs. Photo : © Daniel Crisman

Se sentant menacés, les chasseurs veulent s'adosser à des partis de gouvernement et décrocher des postes à responsabilités. A la veille de la primaire de la droite, ces puissants relais d'opinion dans les campagnes sont très courtisés.

En moins de trois mois, il est devenu la coqueluche des politiques parisiens. A droite comme à gauche, on se l'arrache. Depuis son élection, le 24  août, à la présidence de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen s'est fait un nom dans les palais de la République. Qui pouvait se targuer de le connaître auparavant ? Cet autodidacte de 47  ans, un homme du Nord à la carrure de bûcheron canadien, a toujours vécu à la campagne, celle où le samedi et le dimanche on se retrouve entre copains pour tirer le gibier d'eau. Une tradition. Une religion, même, que Willy Schraen défend depuis des années
dans les instances cynégétiques.

Cet entre-soi rural semble loin désormais. Aujourd'hui, le pisteur de canards sauvages doit délaisser Bayenghem-lès-Eperlecques, son village de 1 000 habitants du Pas-de-Calais où il est conseiller municipal, et se reposer sur son frère Alexandre pour gérer la PME familiale, une chaîne de magasins de fleurs. Le nouveau patron de la FNC n'a pas le choix : trop de déplacements nécessaires pour " faire gagner la maison chasse et empêcher que les écolos ne mettent totalement les territoires sous cloche ", prêche-t-il.

On découvre la brochette de courtisans inscrits à son agenda. Quelques noms : Nicolas Sarkozy, le 29  septembre ; François Hollande, le 27  octobre ; Alain Juppé puis Bruno Le Maire, le 8  novembre ; le lendemain, Nicolas Sarkozy, de nouveau. François Fillon devait s'entretenir avec le chasseur le 4  novembre, mais un problème d'emploi du temps a fait capoter le rendez-vous. Ce n'est que partie remise, certifie l'équipe de l'ancien premier ministre.

" Tout le monde demande à me voir ", assure Willy Schraen, voyageur pressé, rencontré entre deux trains, à quelques enjambées de la gare du Nord, à Paris. Le costaud enchaîne les entrevues sans faiblir. Pas question de négliger tel ou tel candidat, qui pourrait être sélectionné pour le sprint final à la présidentielle. L'homme est à l'affût. Il ne faut pas s'en étonner. Le lobby de la chasse, comme ceux des agriculteurs, des industriels ou des défenseurs de l'environnement, présente toujours son cahier de doléances à l'approche d'une élection.

Lobbying parlementaire

Dans cet exercice, la fraternité des fusils dispose d'atouts. A l'Assemblée nationale, le groupe d'études Chasse et territoires, présidé par Philippe Plisson, député PS de la Gironde, compte 115  membres toutes couleurs politiques confondues. C'est le plus important. Et Claude Bartolone, le président (PS) du Palais-Bourbon, a la réputation d'être une excellente gâchette. Au Sénat, on compte 87  adhérents au groupe Chasse et pêche dirigé par Jean-Noël Cardoux
(LR), un élu du Loiret. Un sénateur sur quatre en fait partie. Quant à Gérard Larcher (LR), président de la Haute Assemblée, il est considéré comme le parrain de la chasse en France. Sur les bancs, les nemrods se serrent les coudes, votent d'une seule voix quand un texte menace leur passion. Le  Monde s'est procuré la " feuille de route " de la Fédération nationale des chasseurs distribuée à ses soutiens parlementaires lors du long examen du projet de loi " pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages ", adopté le 20  juillet.

Chaque article fait l'objet d'une consigne de vote, d'amendements à présenter et d'éléments de langage pour les interventions en séance. L'ancien judoka et fervent chasseur David Douillet, député (LR) des Yvelines, a donné de la voix à plusieurs reprises. Rejetée, la reconnaissance du statut d'être sensible à la faune sauvage ; maintenue, la chasse traditionnelle à la glue…

Le lobby a discrètement fait son travail et continuera à le faire. Pour autant, l'élection de Willy Schraen ouvre une nouvelle ère, que l'un de ses soutiens, Charles-Henri Bachelier, 36  ans, ancien banquier d'affaires, aujourd'hui patron exalté de plusieurs titres de presse cynégétiques, résume par " notre “vivons heureux, vivons cachés”, c'est fini. Nous aussi on va faire notre “outing” ".

Cette exposition au grand jour se remarque sur le tout récent compte Twitter du président de la FNC : à chaque entretien avec une tête d'affiche nationale, une photo, également vite postée sur le site de la fédération. Un tableau de chasse qui, d'habitude, restait très discret. Le chemin ne s'arrête pas là. " Soit nous mourrons bientôt, soit nous nous lançons en politique pour prendre notre destin en main ", déclare, presque tribun, Willy Schraen. Car les chasseurs s'estiment menacés. L'urbanisation et les aires protégées réduisent leurs territoires. Sans parler de la montée en puissance des associations de protection des animaux. La chasse devient aussi un loisir de -seniors, de plus en plus tancé par les promeneurs et les cueilleurs de champignons qui -rêvent d'une forêt paisible le dimanche. Sur la saison 2015-2016, on a compté 146  accidents de chasse, dont 10  mortels.

" Le même ressort que Trump "

Par ailleurs rancuniers, les fusils n'ont toujours pas digéré d'avoir été exclus en  2007 du Grenelle de l'environnement. La table ronde " chasseurs et protecteurs ", organisée par le ministre de l'écologie Jean-Louis Borloo afin de promouvoir le dialogue avec les ONG environnementales, s'est soldée par un échec en  2010. Il en coûtera son siège à Jérôme Bignon, alors député (UMP) de la Somme, qui la pilotait. Les chasseurs le sanctionneront aux législatives de 2012. L'élu local, désormais sénateur LR, ne veut " plus jamais s'occuper de la chasse ", répète-t-il en articulant chaque syllabe comme s'il voulait se débarrasser d'un fantôme qui le hante encore.

Enfin, même s'ils sont actifs dans beaucoup des structures consacrées à la biodiversité – comités régionaux " trame verte et bleue ", Conseil national de la chasse et de la faune sauvage, etc. –, les chasseurs jugent que l'Etat les marginalise.

Alors, entrer en politique, mille fois oui, annoncent-ils. Mais attention, plus à la manière de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), fondé en  1989 et dont le candidat à l'élection présidentielle de 2002, Jean Saint-Josse, rassembla 1,2  million de voix (4,2  % des suffrages) au premier tour du scrutin. Aujourd'hui, CPNT n'est plus qu'un label. Une coquille vide, préfèrent dire certains. Le parti s'est rallié en  2010 à l'UMP. Son corporatisme et ses actions
musclées l'ont desservi. L'épisode Vincent Peillon reste dans les mémoires. Le 23  avril 2000, le député  PS de la Somme, venu inaugurer une déchetterie dans sa circonscription, a dû être évacué par hélicoptère. Trois cents tireurs de gibier d'eau, mécontents de la loi chasse de Dominique Voynet alors en débat, l'attendaient, œufs, silex et galets à la main. Cinq gendarmes avaient été blessés.

C'est une autre stratégie électorale que pousse aujourd'hui la FNC. Les chasseurs veulent s'adosser à des partis de gouvernement et disposer de postes à responsabilités, bref, être aux affaires. Le vent leur est favorable et les politiques tendent volontiers l'oreille. La gauche et la droite ont compris que pour reconquérir le monde rural, qui leur préfère désormais le Front national, la carte chasse est à jouer. " C'est exactement le même ressort que Trump, analyse Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l'IFOP. Il faut aller chercher les voix des perdants de la mondialisation, les ruraux oubliés, dont le ressentiment vis-à-vis des élites, qui les prennent pour des gros ploucs, est très fort. "

Selon une étude publiée le 8  juillet 2015 par le BIPE, un cabinet de conseil, la France, premier pays cynégétique d'Europe, compterait 1,14  million de chasseurs. La confrérie se rend souvent aux urnes en famille et s'abstient moins que les électeurs des grandes villes. Bien sûr, tous ne votent pas à l'identique. Lors du premier tour de la présidentielle de 2012, 28  % se sont prononcés en faveur de Nicolas Sarkozy, 25  % pour Marine Le  Pen, 23  % pour François Hollande, 11  % pour Jean-Luc Mélenchon et 7  % pour François Bayrou.

Leur conquête est d'autant plus importante qu'ils sont de solides relais d'opinion dans les campagnes. Leur réseau repose sur 70 000  associations de chasse souvent seules, avec les clubs de sport, encore présentes dans les villages les plus reculés. " C'est la dernière organisation stalinienne du monde rural ", lance, provocateur, Thierry Coste, conseiller depuis 1994 de la FNC, qui le rémunère 200 000  euros par an. " Il suffit de presser un bouton pour mobiliser nos troupes ", se vante ce lobbyiste multicarte – armes, Fondation assistance aux animaux, gouvernements étrangers dont il ne veut dire mot, lui d'habitude si bavard.

Aujourd'hui, Paris fait donc la cour à la chasse.

Les sept candidats à la primaire de droite ont donné cet automne un entretien au site Chassons, un art de vivre, dirigé par Baudouin de Saint-Léger, 32 ans, président de So Chasse, un club de joueurs de polo et de jeunes héritiers amateurs de vénerie. Chacun des interviewés complimente, rassure et promet. François Hollande, lui, avait pris de l'avance, répondant dès novembre  2015 aux questions du Chasseur français à l'occasion des 130  ans du mensuel. Il se confiait notamment sur son âme rurale : " J'ai toujours vécu avec des vaches dans des prés. C'est une chance formidable qui m'a été donnée et j'en remercie mes parents. "

Le président de la République entretient de bonnes relations avec Thierry Coste, qui affirme le rencontrer régulièrement à l'Elysée. " J'ai été sa plume chasse pour la présidentielle de 2012 ", clame le lobbyiste, présentant une lettre datée du 18  avril 2012, soit quatre jours avant le premier tour du scrutin : " Je l'ai écrite, il a signé. "

Répondant à un souhait de la FNC, le candidat socialiste s'y engage notamment à ne pas intégrer l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) dans la future agence consacrée à la nature, facilitant grandement le travail, quatre ans plus tard, du lobby parlementaire des chasseurs lors de l'examen du projet de loi " pour la reconquête de la -biodiversité ". Les efforts de François Hollande suffiront-ils ? Son alliance avec le parti écologiste, ennemi juré des chasseurs, apparaît comme un repoussoir tenace. Les voix des chasseurs semblent pencher davantage aujourd'hui, comme en  2012, pour l'extrême
droite et la droite.

L'offensive de Nicolas Sarkozy

Député (LR) de Maine-et-Loire, Marc Laffineur, 71  ans comme Alain Juppé, qu'il soutient, fut l'un des instigateurs du rendez-vous du 8  novembre entre son candidat et Willy Schraen. " Le nouveau président de la FNC ? Bien sûr que nous avons demandé à le rencontrer ! Alain a passé sa jeunesse dans les Landes, il est attaché aux traditions, à la chasse à la palombe ", affirme celui qui est aussi vice-président du groupe d'études parlementaire Chasse et territoires. Marc Laffineur vante la ruralité et ses modes de vie. " Et on voudrait tout foutre en l'air ? Cet électorat des oubliés, c'est une partie de la France. " La fibre écologique du maire de Bordeaux n'a cependant pas bonne presse auprès de certains chasseurs, qui se moquent de " papy Juppé et sa ville verte ".

Parmi les prétendants de droite, Nicolas Sarkozy semble séduire davantage. L'ancien président de la République ne fait pas que railler " l'élite qui n'a jamais mis les pieds dans les exploitations agricoles au bord du gouffre, même si elle aime, avec son panier en osier,-aller acheter les œufs frais, le matin chez la -fermière ", comme il a déclaré le 9  octobre au Zénith, à Paris. Depuis plus d'un an, il a développé une stratégie qui répond au souhait profond des chasseurs d'être en responsabilité. Tout commence début 2015.

En ligne de mire, les élections régionales de fin d'année et, à la manœuvre, l'ancien président du domaine national de Chambord, Pierre Charon, 65  ans, un intime de Nicolas Sarkozy. Même si l'ancien maire de Neuilly compte, parmi ses lieutenants, des passionnés de la traque au gros gibier comme François Baroin et Christian Jacob, il ne chasse pas et connaît mal ce milieu. " Une faille ",  reconnaît Pierre Charon. Le sénateur de Paris (LR) organise donc une rencontre entre " Nicolas " et le prédécesseur de Willy Schraen à la FNC, Bernard Baudin, aujourd'hui conseiller municipal à Nice, et conseiller chasse de Christian Estrosi, bouillant président (LR) de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Sans surprise, l'entretien se révèle fructueux. Le 7  avril 2015, Bernard Baudin envoie un courrier aux présidents des 95  fédérations départementales des chasseurs afin de les pousser à se présenter – ou à susciter des candidatures – aux élections régionales. La profonde décentralisation menée par François Hollande a renforcé le pouvoir des territoires, notamment en matière de politique environnementale. Pour le patron de la FNC, il faut en être. Conformément à la philosophie de la fédération de naviguer à droite comme à gauche, Bernard Baudin ne fait aucune allusion partisane dans sa première missive.

Sa lettre du 23  juillet est plus ambiguë. Si le responsable de la FNC réitère son appel à des candidats de toutes sensibilités politiques, il joint à son courrier une correspondance de Nicolas Sarkozy, alors président des Républicains, et explique pourquoi il s'y est autorisé : " Il est le tout premier dirigeant politique national à répondre à notre requête et à formuler de façon explicite des engagements écrits, tant vis-à-vis des présidents de fédération que
sur nos priorités que sont l'écologie et la ruralité dans les politiques régionales. "

La machine est enclenchée. Soixante représentants de la chasse seront investis pour les régionales sur les listes de l'Union de la droite, onze seront élus. Sur ses bancs, la gauche n'en comptera que deux, comme le FN, qui a fait une belle prise en la personne de Paul-Henry Hansen-Catta, 60  ans, M.  Je-Sais-Tout de la chasse française et conseiller de Marine Le  Pen.

Déclaration de guerre aux écologistes Avec six chasseurs dans son camp, Xavier Bertrand, le président (LR) du conseil régional des Hauts-de-France, est le meilleur élève de la classe. L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy connaît bien le monde cynégétique pour avoir négocié, en  2009, le ralliement de CPNT à l'UMP. S'il a battu Marine Le  Pen au second tour des régionales grâce au report des voix de gauche, l'homme a besoin de rallier des chasseurs pour endiguer la vague  FN sur son territoire.

Dans le Nord, la chasse, un acquis de la révolution de 1789, reste un loisir populaire qui, jadis, permettait à certains de se nourrir. Longtemps, les passionnés de gibier d'eau ont voté PC et PS. Cette époque est révolue. Au premier tour de la présidentielle de 2012, 40  % d'entre eux ont choisi l'extrême droite. Pour montrer sa bonne volonté, Xavier Bertrand a placé l'une de ses recrues kaki, Guy Harlé d'Ophove, 68  ans, président de la Fédération des chasseurs de l'Oise, à la tête de la commission environnement de l'assemblée des Hauts-de-France. Lors de la pause déjeuner de ce jeudi 13 octobre où les conseillers régionaux sont réunis en séance plénière à Lille, il faut entendre ces deux-là raconter leur première rencontre en avril  2015. " Monsieur voulait savoir ce que j'avais dans le ventre ", lance Xavier Bertrand, appuyé sur l'épaule de son nouveau complice. " Normal, nous, les chasseurs, on s'est tellement fait baiser par les hommes politiques que j'avais des doutes ", rétorque l'ami Guy.

Dans son bureau de la Fédération des chasseurs de l'Oise, près de la commune d'Agnetz, plantée entre champs et forêts, Guy Harlé d'Ophove, ancien conseiller régional FN de Picardie de 1986 à 1988, se défend de vouloir agir seulement pour son clan. " Nous sommes les mieux placés pour assurer la gouvernance de la nature, dont nous avons été trop longtemps exclus. Mon parti, c'est les chasseurs et la ruralité, un concept éminemment moderne ", assure-t-il. Mais ce colérique ne peut s'empêcher de s'emporter quand il évoque le seul programme qui lui tient aux tripes : sortir les écolos. " Je ne financerai plus les associations comme la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui sont ouvertement anti-chasse, à moins que leurs dirigeants nationaux changent de ton. Beaucoup trop de ces structures ont été biberonnées à la subvention publique par l'ancien exécutif PS et écolo. "

Après -quelques secondes, il finit par modérer ses propos : " Enfin, je veux dire que nous financerons des projets s'ils sont fédérateurs et s'ils apportent quelque chose au territoire. "

Il est une autre région qui cajole ses chasseurs : Auvergne - Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez (LR), promoteur empressé de la droite décomplexée. En interne, chez les Républicains, on dit que les terres Wauquiez sont devenues " un laboratoire de dé verdissement " après les années Jean-Jacques Queyranne (PS), qui y régna de 2004 à fin 2015. Au cœur du nouveau quartier lyonnais des Confluences, le siège de la région, inauguré en  2011, a été dessiné par Christian de Portzamparc. Puits de lumière, murs végétalisés, bardeaux de terre cuite, baies vitrées…

Un immeuble de Verts, en réalité.

Aucun émissaire du monde de la chasse ne siège au conseil régional, le postulant retenu n'a pas été élu. En revanche, l'exécutif a passé un partenariat pluriannuel avec la fédération régionale des chasseurs, le premier en France de cette envergure. La convention porte sur 3  millions d'euros sur trois ans. De quoi financer une vingtaine d'actions et de projets, précise le texte adopté le 22  septembre.

Pour Philippe Meunier, député (LR) du Rhône, vice-président délégué à la chasse et à la pêche, ce qui se joue ici, comme ailleurs chez Xavier Bertrand, c'est tout simplement la révolte des campagnes. " Les villes ont voulu imposer leur ordre moral et social sur la ruralité. Mais les Français retrouvent leur identité et la chasse en fait partie. " Lui aussi veut couper les vivres à la LPO ou à la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna) : " Ces gens-là vont apprendre à respecter les autres et à sortir du sectarisme de l'écologie politique. " Même si la stratégie de Bernard Baudin et de Pierre Charon vise en priorité les deux hommes ne s'en cachent pas à siphonner les voix du FN, Philippe Meunier refuse de l'admettre. Que diable, les préoccupations électorales ! Christique, il affirme que " l'ADN de la France, c'est la paysannerie, la chasse, la pêche et les églises au cœur des villages ". " Laurent Wauquiez et son équipe sont nos petits Trump à nous, réagit Eric Feraille, professeur de médecine à l'université de Genève et président bénévole de la Frapna, dont les subventions régionales ont été divisées par deux cette année, de 700 000  à 350 000  euros. Leur discours caricatural vise à monter chasseurs et écologistes les uns contre les autres, alors que, dans beaucoup d'endroits, nous travaillons ensemble pour préserver la biodiversité. "

Ce n'est pas toujours la guerre, en effet. Plantations de haies pour protéger les zones de nidification, entretien des mares, gestion des zones humides, les porteurs de fusils œuvrent aussi pour la nature. " Il est possible de construire des convergences écologiques avec les chasseurs, constate Barbara Pompili, secrétaire d'Etat à la biodiversité. Mais, aujourd'hui, on sent une tactique d'exclusion systématique de ceux qui ne pensent pas comme eux. Les chasseurs se sentent courtisés et poussent l'avantage. " grondements dans les rangs

Leur politisation au grand jour reste un pari risqué, car elle bat en brèche le sacrosaint " ni droite ni gauche, chasseur avant tout ". Seuls des résultats concrets réussiront à calmer les grondements frontistes ou socialistes qui sourdent déjà dans certaines fédérations départementales. Willy Schraen, homme de droite, que beaucoup disent convaincu par Nicolas Sarkozy, le sait bien. Il lui faut engranger des succès : prolongation des dates de chasse aux oies, refonte de l'examen du permis de chasse… Idem pour Guy Harlé d'Ophove, qui devra rendre des comptes aux 117 000  chasseurs des Hauts-de-France.

L'homme peut bien s'emballer, Xavier Bertrand ne l'a pas placé dans son exécutif. Il n'est pas en mesure de décider seul. " Si nous étions trompés, nous partirions avec perte et fracas ", prévient le chasseur de l'Oise. Quoi qu'il en soit, les efforts de séduction se poursuivent. Le 28  octobre, des milliers de chasseurs ont reçu un mail de " l'équipe de Nicolas Sarkozy " – comment a-t-elle obtenu ce fichier ? Pas de réponse… – pour les inciter à voter à la primaire. " Il est temps de mettre un terme aux menaces contre la chasse française alors que vous êtes de véritables défenseurs de la nature et que les valeurs rurales que vous portez sont des valeurs fortes de notre société ", y lit-on.

" Ce qui vient d'être fait dans les régions doit se faire demain au niveau national ", assure le candidat Sarkozy. " Il devrait y avoir 3  millions de votants à la primaire, estime Jérôme Fourquet, de l'IFOP. Si vous y faites débouler entre 150 000  et 200 000  chasseurs, ça compte. " Pour lui, aucun doute. Il s'agit là d'une stratégie soigneusement millimétrée.

 

La chasse décomplexée

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J. P. 17/11/2016 18:49

Tout à fait d'accord pour ce qui est de se rassembler et de s'unir (2è § en haut de p.) alors je pense qu'une belle occasion nous est donnée de mettre la zizanie ce Dimanche en nous exprimant en faveur d'un tocard qui n'aura aucune chance de se retrouver au 2è tour des présidentielles même et surtout si nous n'avons aucun atome crochu avec ces nervis pro chasse et ils le sont tous, ne serait-ce que par leurs intérêts électoralistes . Sarko, Juppé , c'est connu tout comme Fillon lequel est de surcroît un aficionado acharné (places réservées dans les tribunes VIP des arènes) . Même si cela paraît tiré par les cheveux, si au bout un animal peut être sauvé , ça vaut le coup et en tous cas les 2 Eu demandés.

martine 17/11/2016 16:39

et ben c pas gagner......sniff