L’intérêt du "non labour" confirmée

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La compilation de 62 études scientifiques comparant les pratiques de travail des sols agricoles dans le monde conclut à un avantage agronomique certain du "non labour". Les enjeux climatiques devraient accélérer l’abandon de la charrue.

L'agriculteur vendéen Jacky Berland présente la première couche de sol de son champ non labouré. Photo : Thomas Louapre

L'agriculteur vendéen Jacky Berland présente la première couche de sol de son champ non labouré. Photo : Thomas Louapre

Les chercheurs du collège d’agriculture de l’Université d’Illinois ont voulu en avoir le cœur net. Est-ce que les comparaisons entre méthodes de labours faites dans les fermes du Midwest sont aussi valables pour le reste du monde ? Les Etats-Unis sont en effet en train de se passer à grande vitesse du labour. Aujourd’hui, 1/3 des exploitations ne passent plus la charrue dans les champs. Outre les évidentes économies en fuel et en matériel, la technique s’est avérée extrêmement rentable. « Aider le sol à remplir ses fonctions permet de mieux faire pousser les récoltes tout en maintenant une haute qualité remplissant des buts écologiques, assure Stacy Zuber, principale auteure de l’article paru dans Soil biology and biochemistryDans l’Illinois, nous avons des sols très fertiles qui sont notre principale richesse. Les fermiers peuvent la protéger en s’assurant que la communauté microbienne est en bonne santé ».

La vie microbienne des sols, voilà le secret d’un sol fertile. Un gramme de sol contient un million d’espèces de bactéries, 100 000 espèces de champignons, 1000 espèces d’invertébrés (acariens, collemboles, nématodes, etc.) parmi lesquels les rois de ce milieu, les vers de terre, principaux acteurs de la fertilité des sols. Un sol sain compte une douzaine d’individus par m3. Ce microcosme aère le sol, décompose les résidus des végétaux et les transforme en matière organique de nouveau assimilable par les plantes. C’est ce recyclage qui est perturbé par le labour. Si le retournement des terres a un impact positif sur la vie bactérienne en provoquant la création de milieux de vie différents favorisant la multiplication des espèces, il stimule en revanche l’apparition de bactéries porteuses de maladies pour les plantes ! En outre, la charrue détruit le fragile réseau des mycéliums de champignons microscopiques qui aident les plantes à mieux capter la matière organique. Le semis direct quant à lui abaisse, certes, la diversité bactérienne, mais il favorise les espèces impliquées dans la fertilité, augmente la vitalité des champignons et améliore leur efficacité dans la dégradation de la matière organique.

Le non labour, supérieur partout dans le monde

Stacy Zuber étaient cependant perturbées par le fait que si cette différence entre labour et non labour était toujours à l’avantage de ce dernier, les résultats américains variaient beaucoup d’une ferme à l’autre. En cause, les variations climatiques et pédologiques, mais aussi les différences de pratiques, comme le passage de herses pour un travail superficiel du sol, l’utilisation ou pas de pesticides, ou la pratique du semis direct sous couvert pérenne comme font les tenants de l’agriculture de conservation. «Une méta-analyse nous a permis de regarder les différents champs d’études autour du monde pour vérifier s’il y a bien le même résultat partout, explique Stacy Zuber. Cette méthode nous a permis d’avoir une vue globale ». Résultat : partout, les sols sous labour ont une activité et une masse microbienne ainsi qu’une activité enzymatique bien inférieure aux sols non labourés.

Ce résultat ne surprendra pas les chercheurs de l’Inra Dijon qui étudient ces écosystèmes microbiens. Ces chercheurs ont fondé en 2001 un réseau de la mesure de la qualité des sols quadrillant le territoire français. En établissant une moyenne de vie bactérienne exprimée en microgramme d’ADN présents dans un gramme, la plateforme Genosol est désormais capable de hiérarchiser les terres les plus riches et d’informer ainsi les agriculteurs sur la fertilité réelle de leur terre. De même, un sol riche en matière organique capte beaucoup plus de CO2 atmosphérique. D’où l’idée de faire de l’amélioration biologique des champs cultivés un moyen de lutte contre le réchauffement climatique. Lancé lors de la COP 21 à Paris en décembre dernier, le programme "4 pour 1000" vise ainsi à promouvoir toutes les techniques améliorant la fertilité des sols. Dont –comme viennent de le prouver les chercheurs de l’Université de l’Illinois– le non labour des terres.

 

Sciences et Avenir (09.10.2016)

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Denis 14/11/2016 17:09

A propos d'un article récent sur la dévastation des haies
j'avais fustigé notre propension à imiter ce qui venait des Amériques en particulier le pire.
(conseil de lecture: "Les raisins de la colère" de Steinbeck)

Et si pour une fois nous leur emboîtions le pas dans la bonne direction.

Il faudra un peu de temps pour oublier notre vision millénaire du laboureur qui laboure.

Du cultivateur qui depuis l'invention de la houe et de la charrue à soc en bois

a parcouru des milliards de kilomètres à éventrer la terre.

Pour mémoire en France nous sommes passés de 8 millions d'agriculteurs en 1900

à 1 million aujourd'hui, diminution qui s'accompagnera d'une moindre résistance au changement
(moins il y a de monde moins il y a d'inertie, constat valable pour tout corps de métier ou groupe social)

Moins évidente sera la "reconversion" des agrochimistes, des "ogéèmistes"

des fabricants de matériel agricole très fortement engagés financièrement ...

Une fois n'est pas coutume je vais m'efforcer de ne voir que le verra à moitié plein
et me dire que nous tenons le bon bout et qu'il n'est pas trop tard pour bien faire.
L'agronomie chimique, brutale et mécanisée à outrance de l'après guerre vit peut-être ses derniers jours...