L’écotaxe tombée de nuit

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En effaçant de nuit les dernières traces législatives de l’écotaxe, des députés ont conclu de manière piteuse un itinéraire pas glorieux. Circulez, il n’y aura rien à payer, le projet de redevance appliquée aux camions fuyant les autoroutes payantes est mort.

L’écotaxe tombée de nuit

Qu’une mesure d’intérêt général finisse ainsi sous le tapis est choquant. Après que des centaines de millions eurent été dépensés en portiques de péage, le recul gouvernemental en 2014 était si surprenant qu’on le supposait au moins conforme aux règles. Ce n’était pas le cas.

Comme un petit cancre copiant un résultat même pas compris, l’État avait oublié l’essentiel : la loi lui commandait toujours de percevoir une taxe de transit ! La France pouvait se faire condamner pour renoncement à une obligation qu’elle s’était imposée. Cruel.

Surtout si l’on considère la célérité presque comique avec laquelle on a atomisé le socle juridique de l’écotaxe. Alors que les lois Travail ou Macron ont piétiné sans fin, l’éco-redevance a vite disparu des tablettes. Il a suffi que les camionneurs fassent les gros yeux, que l’on reparle de bonnets rouges, pour que le secrétaire d’État aux Transports obtempère, ventre à terre.

Plus beau trophée antirépublicain de Ségolène Royal, et plus belle entorse à l’écologie dont elle est chargée, la liquidation de l’écotaxe appartient désormais à la légende des grands gaspillages publics, elle-même largement alimentée par les multiples ratés de cette présidence.

Ironie du sort, les députés socialistes ont été invités à escamoter le texte indésirable le soir même où les candidats à la primaire de droite parlaient enfin d’écologie. On ne fait pas mieux comme contraste. À moins que l’on regarde outre-Rhin. L’écotaxe y fait figure de modèle d’efficacité. À tel point qu’elle envoie en Alsace tous les poids lourds des pays de l’Est cherchant à l’éviter.

DNA-L’éditorial de Didier Rose (19/11/2016)

« En France, les routiers font la politique des transports » 

La satisfaction d’Alsace Nature à voir son argumentaire juridique en faveur de l’écotaxe confirmé par le rapporteur public du Conseil d’État n’aura duré qu’une dizaine de jours. Hier matin, la fédération alsacienne de défense de l’environnement apprenait que « le gouvernement a[vait] une nouvelle fois cédé au lobby des transporteurs», grince Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature. «Nos gouvernants montrent leur incapacité à arbitrer en faveur de l’intérêt général face aux intérêts privés » en oubliant les enjeux de qualité de l’air et de santé publique. « Alors que chaque année en France, on enregistre 48 000 décès prématurés liés à la pollution atmosphérique, pour un coût de 100 milliards d’euros selon le travail de la commission sénatoriale, le gouvernement vient d’abandonner 40 millions de Français » habitant en zones régulièrement polluées, calcule Alsace Nature.

La lutte contre le changement climatique est tout autant ignorée alors qu’à la COP 22 à Marrakech, la France « prononce de beaux discours… Où on va comme ça ? Et qu’en est-il de notre capacité de financement des transports alternatifs qui devaient bénéficier de l’écotaxe ? ». Sans parler de démocratie : « Le gouvernement ne respecte même pas le fonctionnement de nos institutions. » Reste le recours (pour l’instant) gracieux de demande d’indemnités en réparation du préjudice moral. Alsace Nature réclame à l’État 100 euros par jour de retard dans la mise en œuvre de l’écotaxe. En attendant l’abrogation définitive, on en est aujourd’hui à 32 400 euros.

DNA-S.W. (19/11/2016)

Publié dans Environnement

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