Grippe aviaire: un cas détecté en France parmi des canards sauvages

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Un cas de grippe aviaire a été détecté ce week-end dans le Pas-de-Calais sur un canard sauvage, un cas qui ne devrait pas empêcher la France de recommencer à exporter ses poulets et son foie gras, selon les autorités sanitaires.

Un cas de grippe aviaire a été détecté ce week-end dans le Pas-de-Calais sur un canard sauvage... Photo : JLS

Un cas de grippe aviaire a été détecté ce week-end dans le Pas-de-Calais sur un canard sauvage... Photo : JLS

La France a perdu le statut de zone indemne de la grippe aviaire à la suite d’une épizootie fin 2015 et espère le récupérer en fin de semaine.

Ce premier cas de grippe aviaire «hautement pathogène» H5N8 en France a été confirmé samedi parmi 20 canards en liberté dans la commune de Marck, entre Calais et Dunkerque, a annoncé lundi le ministère de l’Agriculture.

Les canards en question étaient «utilisés comme appelants pour la chasse au gibier d’eau», c’est-à-dire d’animaux vivants servant d’appâts pour les chasseurs et qui ne faisaient pas partie d’un élevage d’oiseaux domestiques à vocation commerciale.

Pour autant, cette chasse va pouvoir se poursuivre, a indiqué la fédération nationale des chasseurs.

«La chasse ne sera pas interdite, parce qu’il est primordial, aujourd’hui que nous puissions continuer à observer cette nature et voir s’il y a une propagation à travers la France», a dit à l’AFP Willy Schraen, président des fédérations départementale et nationale de la chasse.

Le fait de trouver un cas sur un canard sauvage plutôt que dans un élevage «est moins inquiétant du point de vue des conséquences car ce qu’on cherche à protéger ce sont les élevages», a pour sa part déclaré à l’AFP Loïc Evain, directeur général adjoint de la Direction générale de l’alimentation (DGAL).

«D’ailleurs en ce qui concerne les normes internationales en matière de commerce, on fait bien le distinguo entre les cas sur des animaux sauvages» pour lesquels il n’y a pas d’impact sur le commerce international, «et ceux qui interviennent dans des élevages de production», a-t-il expliqué.

Pour lui, la France «garde encore la perspective de récupérer le 3 décembre le statut indemne vis à vis de la grippe aviaire», qu’elle avait perdu lors d’une précédente épizootie advenue dans le sud-ouest de la France fin 2015 et vaincue depuis lors.

Pas de signe de transmissibilité à l’homme -

Par ailleurs, «de nouvelles analyses faites par l’Anses», l’agence de sécurité sanitaire de l’alimentation qui a séquencé des souches du virus H5N8, «ont montré qu’il n’y avait pas de signe de transmissibilité à l’homme», a ajouté M. Evain.

L’alerte est toutefois prise très au sérieux par les services sanitaires.

La Direction départementale de la protection des populations a procédé à l’abattage de l’ensemble des appelants du site et également des appelants d’un autre site se trouvant à 4 km de Boulogne, qui avaient été en contact.

Deux secteurs de surveillance renforcée dans les communes aux alentours ont été mis en place: dans ces zones, des visites systématiques de vétérinaires vérifient l’application stricte des mesures de confinement et de biosécurité, comme la pose de filets de protection, des quelques dizaines d’élevages présents.

Ces mesures avaient été renforcées dans les zones humides par un arrêté ministériel du 16 novembre, suite aux nombreux cas détectés en Europe tant au sein des populations d’oiseaux sauvages que d’élevage.

«Nous avons une présomption de transport par des oiseaux migrateurs. Il faut désormais tout faire - et c’est le cas - pour que cela ne passe pas à la filière élevage, ou que cela entraîne une grosse mortalité d’appelants», a souligné Eva Faure, vétérinaire de la Fédération nationale de la chasse.

«Les mesures de biosécurité correspondent à de bonnes pratiques, c’est-à-dire éviter d’attirer des animaux sauvages dans les élevages. Si elles sont bien appliquées, cela permet d’avoir déjà une bonne barrière» contre les virus, a souligné Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l’aviculture (CFA).

Cette nouvelle alerte intervient un peu plus de deux mois après la fin du confinement des oies et des canards dans 18 départements du sud-ouest. Cette épidémie avait durement touché les professionnels du foie gras en causant une perte de 25% de la production et un préjudice pour la filière de 500 millions d’euros.

Source : AFP

Grippe aviaire : les oiseaux sauvages ne sont pas une menace !

Comme en 2014 et depuis le début du mois de novembre, des cas de grippe aviaire (H5N8) ont été rapportés dans des élevages de volailles en Europe : 1 150 dindes en Autriche, 18 en Allemagne, 21 500 canards en Hongrie puis quelques oiseaux sauvages, environ 10 laridés et anatidés en Pologne, au Danemark, en Suisse et au Pays Bas.

Canard pilet (Anas acuta) - Crédit photo : Émile Barbelette

Canard pilet (Anas acuta) - Crédit photo : Émile Barbelette

À chaque épisode, les autorités françaises craignent que des oiseaux sauvages migrateurs porteurs du virus contaminent les estuaires du littoral et autres côtes et lacs où ils font halte.

Or les oiseaux sauvages ainsi affectés succombent très vite à ce virus, le taux de mortalité constaté est estimé à 100%. Ils apparaissent alors comme des vecteurs inefficaces dans le mécanisme de propagation de cet Influenza aviaire.

Pour rappel, ce virus a été détecté pour la première fois sous sa forme peu contagieuse aux États-Unis en 2008 puis en Californie en 2014. Il a en revanche fait son apparition sous sa forme contagieuse en Asie : en janvier et en septembre 2014 en République de Corée, en avril 2014 au Japon et en octobre 2014 en Chine.

L’expérience observée lors des dernières épizooties des différents sous types d’Influenza aviaire dont celui du H5N1 - qui de 2003 à 2015 s’est manifesté dans plus de 8000 foyers et 54 pays - nous apprend que si les oiseaux sauvages sont les hôtes naturels des virus grippaux, ils jouent un rôle mineur dans les mécanismes de propagation des virus du fait de leur caractère pathogène et de l’extrême sensibilité des oiseaux infectés qui ne sont alors plus en mesure de se déplacer.

En revanche, les élevages de volailles domestiques, le plus souvent industriel, offre des conditions idéales notamment de résistance, de promiscuité, de densité et de confinement pour que ces virus aviaires acquièrent leur caractère pathogène. En effet, les souches de grippe aviaire rencontrées chez les oiseaux sauvages sont le plus souvent relativement bénignes tandis que celles rencontrées chez les oiseaux domestiques élevés en batterie dans des conditions stressantes, acquièrent un caractère hautement pathogène. Du fait d’une densité de population élevée, le virus de la grippe est hautement mutagène. Ainsi, dans les unités d’élevage industriel, le virus a la capacité de muter rapidement vers des formes hautement pathogènes.

Dans un contexte de mondialisation des marchés, la faculté des Influenza aviaires à se propager rapidement d’un pays à l’autre, d’un continent à un autre est résolument l’affaire des échanges et des transports commerciaux. Ils sont indéniablement comme des vecteurs bien plus efficaces que les oiseaux sauvages pour permettre la propagation des Influenza comme pour la plupart des autres virus.

Enfin, rappelons certaines similitudes entre le contexte d’apparition du virus H5N1 en 2006 et le virus H5N8 depuis 2014 :

  • H5N8 émerge une fois de plus dans les pays d’Asie dont la Chine qui est le plus gros producteur mondial de volailles et le 4e exportateur.
  • Le virus H5N8 hautement pathogène identifié en Europe en 2014 (notamment en Allemagne) possédait une grande similitude au plan phylogénétique avec les virus H5N8 détectés en République de Corée en 2014. Ces virus coréens sont eux-mêmes des réassortants du virus H5N8 apparus en Chine.
  • Et il n’y a aucun élément probant permettant de soupçonner l’implication des oiseaux sauvages.

Là encore avec le retour du froid, il n’est pas étonnant d’assister au retour des virus grippaux…

Source : LPO

Publié dans Environnement, Chasse

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