Cuba, une île bio où le miel coule à flot, alors que partout ailleurs les abeilles souffrent

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Pour cause d’embargo, les agriculteurs cubains n’ont pas eu accès aux produits phytosanitaires pour protéger leurs cultures. Un article publié dans « the guardian » en février 2016, montre que ce fut un mal pour un bien. Bio malgré elle, l’île est aujourd’hui le seul endroit au monde où les abeilles sont en bonne santé. Le miel bio cubain s’exporte très bien, et l’apiculture s’y développe.

 

Depuis bientôt 25 ans, Cuba n’avait plus accès aux pesticides pour la protection de ses productions agricoles

Après l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991, qui était le principal partenaire commercial de Cuba, l’île a été dans l’incapacité de se fournir en pesticides, par manque de devises étrangères et à cause de l’embargo des États-Unis. Par nécessité, le gouvernement a alors adopté une politique d’agriculture biologique, qui perdure aujourd’hui. Avec l’assouplissement de l’embargo suite à la restauration des liens diplomatiques entre les deux pays, les exportateurs de miel bio cubain constatent une forte croissance commerciale.

La production de miel bio prend une place de plus en plus importante dans les exportations cubaines de denrées agricoles

Longtemps connu pour ses cigares et son rhum, Cuba a désormais ajouté le miel bio à ses principales exportations agricoles. La vitalité de l’apiculture cubaine détonne au regard du reste du monde où l’usage massif des pesticides provoque le déclin des populations d’abeilles.
Selon Théodor Friedrich, représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (ou ONUAA) à Cuba, le miel bio est ainsi devenu la quatrième exportation agricole du pays, derrière le poisson, le tabac et l’alcool, mais devant le sucre et le café, qui sont pourtant des produits réputés. « Tout le miel cubain est certifié bio. Il a un goût spécifique, très typique, qui en fait un produit très recherché. »

Cuba a produit plus de 7 200 tonnes de miel bio en 2014 pour une valeur d’environ 23,3 millions de dollars, selon les statistiques gouvernementales cités par l’ONUAA. La production du pays est encore minuscule comparée aux poids lourds mondiaux, comme la Chine, la Turquie, et l’Argentine. Mais avec une valeur bien supérieure au kilo, les voyants sont au vert pour les apiculteurs cubains.

Grâce à un environnement protégé, sans pesticides, l’apiculture cubaine est en plein essor

Avec 80 ruches bondées d’abeilles, chacune produisant 45 kg de miel par an, Javier Alfonso pense que les exportations cubaines pourraient connaître une augmentation notable dans les années à venir. Il est pourtant partit de rien. Sa miellerie au bout d’un chemin de terre à San Antonio de los Banos - ville agricole à une heure de route de la Havane -, a été construite avec ses employés. « Nous ne sommes encore qu’une petite unité de production, mais nous pouvons nous agrandir, dit-il en regardant les rangées de ruches neuves, encore vides. »

Comme les autres apiculteurs cubains, il vend son miel exclusivement au gouvernement, qui le paie selon le prix du marché mondial et prend alors la responsabilité de l’écoulement à l’étranger. La majorité de l’exportation de miel se fait vers Europe, précise-t-il. Il aimerait pouvoir emprunter de l’argent pour augmenter sa capacité de production, mais c’est difficile d’obtenir un crédit. Par nécessité, lui et son équipe doivent construire eux-mêmes les infrastructures nécessaires au développement de l’exploitation.

« C’est un environnement très naturel pour les abeilles, raconte Raul Vasquez, employé à la ferme. Le gouvernement n’est pas autorisé à nous vendre des produits chimiques. C’est peut-être pour ça que les abeilles ne meurent pas ici ». Bien qu’encore modeste, la production cubaine de miel bio cherche aujourd’hui à valoriser ses atouts sur le marché américain, alors que les autres pays producteurs sont en situation difficile.

Le contraste est saisissant entre la santé des abeilles de Cuba et celles d’Europe ou d’Amérique

Les apiculteurs, notamment américains et canadiens, se plaignent depuis longtemps de la menace que représentent les pesticides pour les abeilles et pour l’ensemble de la filière apicole. L’ US Environmental Protection Agency a rendu public une étude indiquant que l’usage d’insecticides sur les plants de coton et les arbres fruitiers avait un impact néfaste sur les populations d’abeilles.

« Je ne pense pas qu’il y ait le moindre doute sur le fait que les populations d’abeilles aient baissé, aux États-Unis et en Europe, depuis la 2ème Guerre Mondiale » lance Norman Carreck, directeur scientifique de l’International Bee Research Association, à la Fondation Thomson Reuters. Selon lui, les changements climatiques, la diminution de l’espace disponible pour l’habitat des abeilles sauvages, les maladies et les pesticides sont responsables de ce déclin.

Pour Théodor Friedrich, la faible utilisation des pesticides sur l’île préserve l’apiculture cubaine des problèmes touchant les autres pays exportateurs de miel. Et la production de miel bio à Cuba pourrait devenir une source croissante de revenu pour les fermiers de l’île.

« L’usage de pesticides en général est très limité, explique-t-il. Et c’est pour cela que Cuba n’a pas été victime des pertes qui ont affecté les populations d’abeilles dans les autres régions du monde. »

Publié dans Environnement

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Denis 07/12/2016 18:16

" Pays de cocagne où le miel "bio" coule à flot. " " 7200 tonnes, 23 millions de dollars en 2014 ! "…
Grâce à un environnement sans pesticide l'apiculture y est en plein essor.
On ne peut que s'en réjouir.
Javier Alfonso rêve de pouvoir "emprunter des sous pour augmenter sa capacité de production" : Si ce n'est pas là du capitalisme pur jus qu'on me reprenne de suite mon tee-shirt à l'effigie du "Che" signé de la main d'un faussaire enthousiaste !
Privée depuis 25 ans de pesticide, "Cuba est restée bio" : A quel prix et pour combien de temps encore ?
Car à mon avis n'est réellement vertueux que celui qui ayant eu l'occasion de ne pas l'être l'est tout de même resté.
Or, Cuba est "privé" depuis 1991 de toutes les saloperies dont les systèmes de production capitaliste et communiste ont partout ailleurs usé et abusé.
Je formule aujourd'hui sans trop y croire le souhait que Cuba, une fois ouvert au monde, continue à nous montrer l'exemple d'une agriculture "bio".
Je rappelle tout de même qu'en leur temps les camarades Raoul et Fidel, deux "écologistes" devant l'éternel, ont quand même tout fait pour transformer la planète en vaste usine à champignons (variété qui ne pousse pas après une pluie d'automne mais après un déluge d'ogives nucléaires…) !

Je suis tout de même content pour les abeilles. Et j'espère que dans pas longtemps les cubains commenceront à manger "bio" à leur faim.

Désolé, j'aurais voulu me montrer plus enthousiaste.

Jpl 06/12/2016 09:03

Pas très loin de Cuba, dans les Antilles Françaises, il y a encore quelques zones à abri des cultures intensives, par exemple : la côte sous le vent de Guadeloupe, où est un réel plaisir d'observer les abeilles. Cela rappelle ce que l'on voyait ici en métropole il y a bien bien longtemps. Il y a donc par là bas quelques apiculteurs heureux mais qui subviennent tout juste à la production locale. J'ai la chance d'en connaître un et donc d'avoir pu déguster le miel Antillais, beaucoup plus doux que le métropolitain du fait de la végétation tropicale.
La très grande quantité d'abeilles observable sur cette zone protégée des Antilles est sans doute un très bon exemple des méfaits des pesticides sur d'autres zones et pourrait aussi servir de lieu d'étude comparative intéressante pour continuer le combat contre tous ces poisons que l'on s'acharne maintenir et qui au final nous nuisent aussi à nous autres consommateurs.