Cabane libre-service

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Consommer autrement. Émeline Decaesteker et Didier Friederich ont développé un nouveau système de consommation soustrait aux rapports marchands. Sans monnaie d’échange ni même débourser un seul centime, tous les produits entreposés dans leur cabane de gratuité installée devant chez eux, à Reinhardsmunster, sont librement disponibles.

Émeline Decaesteker dit avoir « beaucoup donné mais aussi énormément reçu en réciprocité ». Photo : DNA - G.E.

Émeline Decaesteker dit avoir « beaucoup donné mais aussi énormément reçu en réciprocité ». Photo : DNA - G.E.

Les piétons l’observent encore avec perplexité. Accolée au mur d’un grand corps de ferme, à quelques pas de la rue Principale de Reinhardsmunster, la petite cabane de jardin en tôle couleurs crème et marron de 8m2 environ regorge d’objets en tout genre. Ses larges portes ouvertes laissent entrevoir depuis quelques jours divers vêtements soigneusement accrochés à des cintres, des chaussures, des DVD, des jouets, de la vaisselle, du matériel électroménager et bien d’autres encore. Poliment et par respect pour leurs propriétaires, personne n’ose encore approcher cette véritable « caverne d’Ali Baba ». Et encore moins se servir en biens, malgré les panneaux et les inscriptions invitant à le faire. Prendre gratuitement un objet « n’est pas encore une notion totalement rentrée dans les mœurs », constate Didier Friederich, initiateur de cette cabane de gratuité avec sa compagne Émeline Decaesteker.

« Un velux, des ordinateurs, des tables basses, un lit, des produits alimentaires »

Ouverte à tous, quels que soient l’âge et le niveau de revenu, cet espace sert de zone intermédiaire entre personnes désireuses d’offrir les affaires dont elles n’ont plus l’utilité et celles qui en auraient besoin. Ici, chacun amène quotidiennement ce qu’il veut, à condition que l’objet soit en bon état de fonctionnement, et prend ce qu’il souhaite. Tout est en accès libre. Ce n’est pas une brocante ou un vide-greniers. Il n’y a ni troc, ni échange, ni œuvre de charité. La cabane de gratuité est un espace non-marchand permanent. Un pied de nez à la société de consommation.

« Plutôt que de jeter et de racheter on remet l’objet dans le système et il servira à quelqu’un d’autre », expose Didier Friederich. Et ainsi de suite. « On le fait déjà avec un bon bouquin, dans les cabanes à livres, pourquoi ne pas le faire avec une table ? », s’interroge alors ce psychothérapeute. Mais loin de lui l’idée d’évincer totalement, par ce concept, l’acquisition des biens dans les magasins. Les deux modes de consommation se complètent, estime l’homme âgé de 36 ans.

Un pied de nez à la société de consommation

Le principe de gratuité a le mérite d’interroger chacun sur les notions de don, d’argent et de propriété. « Que veut dire posséder un objet ? Et que peut-on en faire quand on n’en veut plus ? », s’interroge le couple, membre de Semeurs de rêve, une association qui organise depuis 2012, entre autres, des zones de gratuité lors de manifestations. Replacer les objets dans ce circuit alternatif plutôt que de les jeter profite à autrui et réduit considérablement le volume des déchets à gérer. Ailleurs en France, des partenariats existent avec des déchetteries pour recycler des objets en bon état de fonctionnement. En lien avec le Smictom de la région de Saverne, pareille initiative pourrait bénéficier à tous, soutient Émeline Decaesteker. Les petites bourses comme les plus fournies.

Car la cabane de gratuité n’est pas « réservée aux gens qui n’ont pas de moyens », précisent ceux qui l’ont initiée à Reinhardsmunster. Au contraire, « une partie de la population qui a de l’argent et qui veut sortir du système de consommation normal vient prendre des objets ou en déposer », observent-ils. Du coup, les zones de gratuité rassemblent un large choix de produits, parfois rares et chers mais toujours de bonne qualité.

« On a déjà vu un velux, des ordinateurs, des tables basses, un lit, une commode, des costumes, des produits alimentaires et même des habits neufs », énumère Émeline Decaesteker. On y trouve de tout, « à l’exception des cassettes audio et vidéo, car personne n’en veut », enchaîne Didier Friederich. Et « tout est gratuit », martèle le couple, membre de l’association Semeurs de rêve. Il ne reste plus qu’à inscrire le concept dans les mœurs.

La cabane de gratuité sera inaugurée samedi 12 novembre de 10 h à 17 h au 31 rue Principale, 67440 Reinhardsmunster.

DNA-Guillaume Erckert (06/11/2016)

 La cabane de gratuité est un espace non-marchand permanent ouvert à tous, tout le temps. Photo : DNA - G.E.

La cabane de gratuité est un espace non-marchand permanent ouvert à tous, tout le temps. Photo : DNA - G.E.

Publié dans Initiative

Commenter cet article