Aux Etats-Unis, l’héritage polluant de décennies d’exploitation gazière

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les puits de gaz percés au XIXe siècle en Pennsylvanie continuent d’émettre du méthane, un puissant gaz à effet de serre. Une étude américaine pointe les négligences de l’extraction minière en fin d’exploitation. Un problème mondial.

En Pennsylvanie, une tête de puits abandonnée. Photo : Rob Jackson

En Pennsylvanie, une tête de puits abandonnée. Photo : Rob Jackson

AMNÉSIE. Quand un puits n’est plus rentable, on le ferme et on s’en va. Et tant pis s’il fuit toujours. Depuis le XIXesiècle qu’on extrait l’énergie du sol, pas grand monde ne s’était vraiment penché sur cette pollution issue de l’archéologie industrielle. 

L’étude de l’Université de Stanford parue dans les PNAS  y remédie en tentant d’évaluer les émissions historiques de l’exploitation gazière d’un Etat, la Pennsylvanie, où les premiers puits de pétrole et de gaz ont été percés en 1859. Les recherches dans les archives environnementales de cet Etat donnent une estimation de 475 000 à 700 000 forages menés en 150 ans. Cette large fourchette donne une idée de l’amnésie collective sur le sujet et corrige les estimations précédentes de 300 000 à 500 000 puits.

Pour estimer les volumes rejetés, les chercheurs ont mesuré les émanations de 88 puits représentatifs de la profondeur moyenne, de la durée d’exploitation, des techniques employées au cours du temps. Ils affirment ainsi que ces puits oubliés émettent 50 000 tonnes de méthane par an, soit 8% des émissions de ce gaz sur le territoire de la Pennsylvanie. Cela peut paraître peu «mais ces sources émettent depuis des décennies » corrige Rob Jackson, un des auteurs de l’étude. Ces fuites anciennes contribuent par ailleurs à l’augmentation de 30% des émissions de méthane constatée sur le territoire américain entre 2002 et 2014 et attribuée à l'exploitation des gaz et pétrole de schiste.

Des fuites anciennes auxquelles s'ajoutent les nouvelles

URGENCES. Les chercheurs se sont également intéressés aux sites émettant le plus de gaz. Ils ont ainsi mis l’accent sur les forages qui sont restés ouverts et débranchés par négligence ainsi que sur les aérations des vieilles mines de charbon qui doivent être régulièrement ventées pour éviter les accumulations de grisou. En définissant les sites les plus polluants, les chercheurs désignent ainsi aux autorités où sont les urgences. En colmatant les fuites les plus importantes, les émissions seraient largement diminuées sans qu’il soit besoin de traiter tous les forages, une solution de toute façon impossible à mettre en œuvre car financièrement inabordable.

Les techniques de colmatage (principalement des bouchons de ciment) sont en effet bien connues et maîtrisées mais les puits sont trop nombreux pour qu’il soit financièrement raisonnable de tous les traiter.

L’étude de Stanford fait partie de la "natural gas initiative" fondée par l’université californienne. Cet institut est consacré entièrement aux recherches portant sur les conséquences de la croissance phénoménale de l’extraction et de l’utilisation du gaz naturel dans le monde. Les émissions attribuées à l’exploitation des gisements en cours ou ancien en fait indéniablement partie. Dans le monde, il existe des millions de puits abandonnés qui "fument" encore.

Sciences et Avenir (19.11.2016)

Publié dans Environnement

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