Ils construisent leur maison… en pneus

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Sophie et Paulo Azevedo ont commencé au printemps la construction de leur maison en pneus inspirée « earthship » à Lembach (près de Wissembourg en Alsace). Cette maison de plain-pied devrait être autonome en eau et en électricité. Le couple veut montrer que consommer autrement est possible.

Paulo et Sophie Azevedo construisent eux-mêmes leur maison semi-enterrée. Ici, le mur du fond à base de pneus. Photo : DNA-Véronique KOHLER

Paulo et Sophie Azevedo construisent eux-mêmes leur maison semi-enterrée. Ici, le mur du fond à base de pneus. Photo : DNA-Véronique KOHLER

Le concept de maison geonef (earthship) a été inventé par Michael Reynolds au Nouveau-Mexique il y a plus de quarante ans. Il s’agit d’une maison construite à partir de matériaux de récupération et qui est conçue pour capter un maximum d’énergies naturelles tout en utilisant très peu d’énergie grise (quantité d’énergie nécessaire au cycle de vie d’un matériau). Les bâtiments sont autonomes en eau et en électricité.

Sophie et Paulo Azevedo, elle 36 ans de Strasbourg et lui quadragénaire originaire de Durrenbach, ont été séduits par le concept alors qu’ils s’intéressaient à la permaculture. Cette année, ils ont franchi le pas et se sont lancés dans la construction de leur maison sur les hauteurs de Lembach. « La première maison a vu le jour en 2004. Cette année, six sont en construction, surtout dans le sud de la France », précise Paulo Azevedo.

Des toilettes sèches, l’électroménager branché sur capteur solaire

Cet hiver, le couple a commencé par réaliser les cuves de récupération d’eau de pluie, trois de 10 m³, qu’ils ont ensuite enterrées sur leur terrain d’un hectare. « En moyenne, sur les 120 m³ d’eau utilisés par un foyer par an, seule une infime part sert à l’alimentaire », précise le couple, qui l’estime à 1 %, soit 1 m³ d’eau par an. Les WC représentent 20 % de sa consommation en eau potable. L’eau de pluie sera filtrée avant toute utilisation et passera dans un osmoseur avant utilisation alimentaire. Pour être indépendants, Sophie et Paulo ont décidé d’installer des toilettes sèches dont le contenu sera mélangé aux autres déchets verts pour servir d’engrais dans leur futur jardin.

« Le but est d’apprendre à économiser et à consommer autrement l’énergie. On va vivre au rythme de la météo », sourit Sophie Azevedo.

Les résistances du lave-vaisselle et du lave-linge seront coupées et les deux machines seront reliées à un poêle bouilleur en cas de manque de soleil.

En voyant le terrain sur les hauteurs de Lembach, Sophie et Paulo ont eu immédiatement un coup de cœur. C’est qu’il est parfaitement orienté pour accueillir la maison, lui offrant une belle vue sur le village et les montagnes environnantes. Surtout, l’ensoleillement est idéal. La maison de 160 m², en forme de trapèze, disposera d’une large baie vitrée donnant sur un couloir de 37 m², appelé la « serre », qui desservira toutes les pièces. Celle-ci disposera de vitres inclinées à 80° pour capter au maximum les rayons du soleil ainsi que d’ouvertures dans le toit pour réguler la température. « Quand nous les ouvrirons, l’air chaud sortira, ce qui créera un appel d’air frais venant du puits canadien », explique Paulo qui a déjà posé les tuyaux.

Un mur en pneus

À l’arrière, la construction sera semi-enterrée et le toit végétalisé. Le mur contre la paroi de la montagne est réalisé à partir de 700 pneus qui sont remplis de terre de remblai issue de la parcelle, terre qui est ensuite tassée. Un travail qui avance à raison de 8 pneus par jour, Paulo travaillant le soir dans le domaine de la restauration. Ce mur de pneus, adossé à un remblai de terre et d’isolation d’un mètre de large, offrira à la maison une paroi protectrice de 1,70 m de large. « Des tests ont été faits. Les pneus ne sont pas nocifs pour la santé quand ils sont à l’abri de l’air, du soleil et de l’humidité. Du côté extérieur, il y a le remblai, à l’intérieur, nous allons mettre un enduit en torchis. Il n’y aura donc pas de dégagement », précise le couple.

Pour se lancer dans un tel projet, « il faut être un minimum bricoleur ». Les deux aventuriers ont beaucoup lu et ont trouvé beaucoup de conseils sur Internet. « Nous avons évolué dans notre technique au fil de la construction », précise Sophie qui s’occupe plus de l’aspect administratif du chantier en attendant d’accoucher de jumeaux.

Électricité et chauffage solaire

Côté électricité, le couple a décidé d’installer quarante panneaux solaires qui engrangeront de l’énergie même par temps nuageux. L’électricité sera stockée sur des batteries de 12 volts qui alimenteront les besoins de la famille.

Le chauffage sera assuré également par le soleil. En fin d’été, les capteurs à air solaires chaufferont la masse thermique à l’arrière de la maison (remblai et mur de pneus), qui diffusera la chaleur au courant de l’hiver. Le couple installera peut-être un poêle à bois au cas où – habituellement, ces maisons sont construites dans des régions plus chaudes que l’Alsace.

Tout est pensé pour éviter les pertes d’énergie. Le sol sera en argile pour accumuler l’énergie. Il sera recouvert d’un film d’huile de lin qui lui donnera un côté ciré. « Nous apprenons différents métiers sur le tas, le chantier de la maison avance lentement », précise Paulo, heureux. Les parois intérieures seront réalisées à partir des pierres très nombreuses sur le terrain.

Lorsque le couple aura terminé sa construction pour laquelle il se donne deux ans en tout, il compte bien commencer un potager en permaculture pour en vivre, voire même nourrir d’autres habitants de la commune. « Le terrain qui n’est pas constructible sur son ensemble, était en friche. C’est une belle base pour la biodiversité. L’idéal serait de pouvoir vivre de l’exploitation », sourit Paulo Azevedo, qui espère y voir un jour s’épanouir des poules.

Chantier participatif

Afin de partager cette vision écologique et économique, le couple est ouvert à toute aide bénévole. Les personnes souhaitant donner un coup de main à ce chantier participatif pourront contacter les Azevedo au 06 81 74 91 49. Une douche et des toilettes ont été installées sur le terrain. Possibilité de planter sa tente.

Informations sur l’état d’avancement sur Facebook ou sur http://maisonenpneusdugriesberg.over-blog.com/

DNA-Véronique Kohler (16/10/2016)

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Publié dans Initiative

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