Fessenheim : L’ASN demande l’arrêt du réacteur n°1

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Alors que le réacteur n°2 de la centrale de Fessenheim est à l’arrêt depuis mi-juin et pour cinq mois encore, l’ASN demande le découplage au plus vite de l’unité n°1, le temps d’effectuer des contrôles sur ses trois générateurs de vapeur. Pendant trois semaines au moins, la centrale nucléaire alsacienne ne produira aucune électricité.

Au cœur de l’enceinte en béton, grâce à la chaleur du circuit primaire, le générateur transforme l’eau du circuit secondaire en vapeur pour alimenter les turbines produisant l’électricité. Photo : Archives DNA

Au cœur de l’enceinte en béton, grâce à la chaleur du circuit primaire, le générateur transforme l’eau du circuit secondaire en vapeur pour alimenter les turbines produisant l’électricité. Photo : Archives DNA

La promesse de François Hollande sera-t-elle respectée pour des raisons de sûreté et non plus seulement pour des motifs de politique (qu’elle soit politicienne ou énergétique) ? L’autorité de sûreté nucléaire (ASN) a en tout cas prescrit de nouveaux contrôles sur les générateurs de vapeurs du réacteur n°1, potentiellement affectés par le même défaut identifié sur le couvercle et le fond de la cuve de l’EPR en construction à Flamanville.

 

En cause: l’acier

 

L’acier des fonds primaires (ainsi appelés car rattachés au circuit primaire du réacteur) pourrait présenter une zone de concentration trop élevée en carbone, susceptible d’affaiblir sa résistance au choc et aux fissures. L’ASN a ainsi demandé hier l’arrêt de Fessenheim 1 le temps qu’EDF procède à des mesures plus précises des taux de carbone ; quatre autres réacteurs devront être arrêtés pour les mêmes raisons dans les centrales du Tricastin (Drôme), de Gravelines (Nord) et de Civaux (Vienne).

 

« Ces fonds primaires ont été fabriqués par JCFC au Japon et présentent des défauts relevant d’un procédé de fabrication mal maîtrisé, souligne Julien Collet de l’ASN. Compte tenu des incertitudes, nous avons demandé des contrôles complémentaires à EDF ».

 

De tels essais ont déjà été effectués sur treize autres réacteurs concernés par le possible défaut. « Six ont déjà pu redémarrer et sept sont en cours d’investigation à l’occasion d’arrêts programmés » souligne Christine Tousch, en charge de la communication à la centrale de Fessenheim.

 

Des contrôles de surface des fonds primaires des trois générateurs de vapeurs du réacteur n° 1 avaient d’ailleurs déjà été réalisés lors de l’arrêt programmé en avril dernier, « avec des résultats conformes ». Il s’agit maintenant de compléter la batterie de tests, par ultrasons notamment, des contrôles qui nécessiteront un arrêt de trois semaines. EDF planche actuellement sur le planning qui devrait être connu d’ici quelques jours. L’ASN a par ailleurs donné trois mois à EDF pour rendre le résultat de l’audit.

 

Deux anomalies différentes

 

Ce nouvel incident dans l’exploitation du site conforte les antinucléaires dans leur conviction que la centrale alsacienne cumule des risques aussi multiples que variés. Les écarts constatés dans les taux de concentration de carbone n’ont d’ailleurs rien à voir avec l’anomalie qui porte sur le réacteur n° 2 déjà à l’arrêt et pour lequel l’ASN a suspendu le certificat d’épreuve.

 

Le défaut porte là sur la virole basse de deux générateurs de vapeur et est le fruit d’irrégularités dans le processus de forgeage. « Il n’a pas été mené conformément au dossier technique remis à l’ASN et aux règles de l’art », avait ainsi détaillé le gendarme français du nucléaire, avant d’ordonner des investigations quant aux propriétés mécaniques des générateurs. Le réacteur ne pourra évidemment être redémarré « avant que nous ayons démontré que l’irrégularité n’a pas de conséquence sur la sûreté » ajoute Christine Tousch.

 

La centrale de Fessenheim espère toutefois pouvoir recoupler au réseau national le réacteur n°1 au terme des trois semaines d’arrêt qui lui seront nécessaires pour effectuer les contrôles. Afin de le mettre à la disposition des usagers pour le pic de consommation d’électricité qui intervient habituellement en janvier-février.

DNA-Simone Wehrung (19/10/2016)

Publié dans Nucléaire

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Denis 21/10/2016 18:34

La promesse de François Hollande sera-t-elle respectée ...

Arrêtez de croire au Père Noël, Hollande comme la plupart de ses homologues ment comme il respire.

N'en attendez rien et vous ne serez pas déçus.

L’acier des fonds primaires pourrait présenter une zone de concentration trop élevée en carbone ...

Partez du principe que lorsqu'une "autorité quelconque emploie le conditionnel, c'est que vous l'avez déjà dans le baba... La question dès lors n'est plus quand ? Mais depuis quand ?

L’ASN a ainsi demandé hier l’arrêt de Fessenheim le temps qu’EDF procède à des mesures plus précises des taux de carbone

Ça me fait penser à la blague de Fernand Raynaud sur le temps que le fût du canon met à refroidir ! Réponse pour le moins entachée d'incertitude: un certain temps.
Or vu l'âge de Fessenheim il semblerait que ce soit plus le temps de donner du temps à EDF pour vérifier si... mais tout simplement de fermer la boutique avant que... car "un certain temps" c'est exactement la durée qu'il faudra pour que l'irréparable se produise en Alsace !