Angora et compagnie…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

À Rombach-le-Franc, au fin fond de Pierreusegoutte, Aurore Antzenberger s’est lancée dans un élevage de chèvres angoras. La jeune femme propose à la vente ses créations en mohair.

La Rombéchate Aurore Antzenberger s’est lancée dans l’élevage de chèvres Angora pour réaliser, des articles en mohair. Photo : DNA

La Rombéchate Aurore Antzenberger s’est lancée dans l’élevage de chèvres Angora pour réaliser, des articles en mohair. Photo : DNA

C’est l’histoire d’une reconversion en cours. Celle d’Aurore Antzenberger.

La Rombéchate est titulaire d’un BTS en comptabilité. Elle a fait son stage au sein des teintureries de l’Est à Sainte-Marie-aux-Mines. Aurore Antzenberger est ensuite embauchée comme hôtesse d’accueil au sein de la mission locale de Sélestat.

Plus tard, elle passe des tests pour devenir conseillère en insertion professionnelle. Son profil étant compatible avec ce poste, elle va accompagner les jeunes en difficulté dans leur recherche d’emploi pendant plusieurs années.

Depuis quelques mois, Aurore Antzenberger exerce ses compétences au sein d’une autre structure d’insertion sur Colmar.

Si la Rombéchate aime son métier, elle souhaite, aujourd’hui, à 29 ans, se tourner vers des activités la rapprochant encore plus de la nature. Avec son mari et son tout jeune fils, Aurore habite dans une maison isolée tout au fond de Pierreusegoutte.

« Mon métier est intéressant. Mais je le trouve trop administratif. Je mûris ma réflexion depuis cinq ou six ans. J’avais envie de créer un élevage agricole. Mais je ne voulais pas m’occuper d’animaux à envoyer à la boucherie. Et puis j’ai commencé à me dire qu’un cheptel de chèvres pourrait me convenir. »

Des élevages peu nombreux en France

Aurore Antzenberger se renseigne donc au travers de sites Internet. Échange beaucoup avec des éleveurs. Et fait son choix : ce sera un élevage de chèvres angora.

« En France, il n’y a que 35 éleveurs recensés. Ils sont essentiellement installés en Bretagne et dans le Sud. Je me suis dit que cela pourrait être une bonne chose. Surtout qu’élever des Angoras ne devait pas être une grosse surprise. Nous avons toujours eu des chèvres ici. Elles nettoyaient les prés. Elles entretenaient des terrains en pente parfois difficiles d’accès. »

L’aventure démarre en juin 2014. La nouvelle éleveuse s’est d’abord constituée un cheptel d’une petite trentaine de têtes. Les bêtes ne sont guère dépaysées à Pierreusegoutte. « Cette race de chèvres est originaire de Turquie. Elles vivaient principalement dans la rocaille. Elles se contentent de peu en nourritures. Mais elles n’ont pas de réserve. »

Le troupeau ne devrait guère grossir. Trois à quatre naissances sont attendues pour l’année prochaine. « Notre objectif est de ne pas agrandir le cheptel trop vite. Car nous ne tuons pas les vieilles chèvres. Elles finissent leur vie naturellement. La qualité de la laine va en fonction de l’âge. Plus la chèvre est jeune et bien nourrie, plus la laine est belle. Mais attention, son alimentation ne doit pas être trop riche. Il s’agit de trouver le bon équilibre. En moyenne, les animaux peuvent produire de la bonne laine durant sept à huit années. La durée de vie d’un animal se situe entre dix à douze ans. »

Maverick et Mona sont les deux nouveaux nés de cette année. « Nous essayons de suivre l’alphabet pour leur donner un nom, un peu comme on fait avec les chiens », souligne l’éleveuse, qui connaît tous les prénoms de ses chèvres.

Les chèvres nécessitent beaucoup d’attention

Pour le moment, Aurore Antzenberger jongle encore entre ses deux activités professionnelles. « Je vais certainement faire une demande auprès de mon employeur pour diminuer mon temps de travail. » Car, actuellement, les journées sont bien chargées. En période hivernale, les chèvres sont nourries vers 6 h 30.

Du foin leur est donné quotidiennement. Des apports en grains sont aussi fournis tous les deux jours. Le soir, c’est rebelote ! « Nous sommes en moyenne trois heures par soir avec les animaux tous les jours, y compris le week-end. Lorsque l’on arrive à regarder la télévision, c’est soir de fête ! » sourit l’éleveuse.

Car les Angoras nécessitent aussi beaucoup d’attention. « Ce sont des animaux fragiles. Ils sont sujets à des problèmes respiratoires. La laine garde plus facilement l’humidité. Ils peuvent avoir des rhumes. Ce n’est pas méchant en soi. Mais il est nécessaire de surveiller car ils peuvent vite attraper bronchites et pneumonies. »

Dès le printemps, les chèvres vont au parc à Pierreusegoutte et à Sainte-Croix-aux-Mines. « J’ai une copine qui possède un élevage de moutons là-bas. Elle me donne un coup de main. Surtout au niveau du matériel, pour le transport. »

Durant la période des beaux jours, les chèvres sont plus autonomes, mangent l’herbe qu’elles trouvent et s’abreuvent au ruisseau.

Tonte, tri, lavage, filage, cardage…

Le poil des chèvres Angora pousse environ de 2 cm par mois.

La tonte est une étape des plus délicates. « Cela prend beaucoup de temps car il y a plus de plis sur la peau qu’un mouton. Il faut au moins un quart d’heure à un tondeur aguerri pour achever une coupe. Nous avons acquis du matériel particulier. Avec mon mari, nous avons appris à tondre. »

La tonte est aussi une période cruciale pour une autre raison. « Comme c’est notre gagne-pain, il faut que ce soit impeccable. Car à chaque fausse coupe, c’est quelques euros en moins. »

Les tontes ont lieu deux fois dans l’année, en mars et vers septembre-octobre. « En gros, c’est après et avant les grands froids », précise l’éleveuse, qui récolte en moyenne 1,5 kg par tête. « Cela peut aller de 800 g à 2 kg selon la taille de la chèvre. »

Après cette étape, les laines sont stockées dans une dépendance. Là encore, certaines règles sont à respecter pour préserver au mieux cette matière première. « L’endroit doit être sec et à l’abri de la lumière. Car la laine a tendance à jaunir. L’espace doit être assez grand pour que la laine puisse être aérée. Et surtout, il faut éviter que les souris ne s’invitent et viennent y faire leur nid. »

L’étape préparatoire suivante est fastidieuse: c’est le moment du tri. Les pailles, herbes et autres saletés sont enlevées manuellement. « L’œil et le toucher sont importants. Certains poils sont aussi à prélever car ils risquent de gratter. » Pour nettoyer une toison classique, la Rombéchate compte environ huit heures.

La laine passe ensuite au lavage avec un produit issu de l’agriculture biologique. Le séchage prend encore trois à quatre heures.

Le travail de la toison proprement dit peut alors commencer !

Le cardage brosse la laine afin de placer les fils dans le même sens. Vient ensuite le filage. Puis vient la teinture. Pour le moment, Aurore Antzenberger ne maîtrise pas encore ces deux étapes de la production. « Je suis obligée de faire appel à une fileuse et une teinturière. Mais j’aimerais devenir totalement indépendante et polyvalente. »

Après avoir réceptionné le fil, il s’agit, à partir des écheveaux, de constituer encore des pelotes. Vient enfin le tricotage pour réaliser étole, bonnet, chaussettes et autre gilet.

Pour l’instant, Aurore Antzenberger n’a teint sa laine qu’avec une couleur bleu pétrole. D’autres couleurs devraient égayer la gamme au fur et à mesure…

Et comme Aurore Antzenberger ne manque pas de projets, l’an prochain, la Rombéchate souhaite se lancer dans une activité de maraîchage !

Angora et compagnie 26A Pierreusegoutte 68660 Rombach-le-Franc. Courriel : aurore.antzenberger@gmail.com

DNA-V.M. (30/10/2016)

Angora et compagnie…

Cher mohair 

« Le mohair est une laine très chaude. Je ne vais pas en faire de gros pulls. Ce sera plutôt des vêtements à porter en intersaison. Le mohair est à la fois léger, chaud et respirant. En hiver, on peut aussi porter des chaussettes en mohair. La transpiration s’évacue et laisse les pieds au sec tout en gardant la chaleur », précise Aurore Antzenberger.

50 h de tricot pour un gilet !

« J’ai déjà réalisé des gilets, des étoles et des bonnets. Je confectionne aussi des couettes pour enfants. Elles sont à 70 % mohair et 30 % en mouton, c’est ce qui permet d’apporter plus de densité. Pour réaliser un gilet, je compte environ 50 h de tricot. Il sera vendu 110 €. L’étole est à 120 €. On pourrait se dire que c’est plus cher car il y a plus de laine. Mais il y a moins d’heures de tricot. Car c’est tout simplement plus facile à réaliser qu’un gilet. Les couettes sont vendues 90 € .

Des kits bébé seront aussi bientôt disponibles, tout comme des kits chausson ! Certes, les produits en mohair semblent chers mais lorsque l’on met le nombre d’heures de travail en ratio…».

Un site Internet, avec une rubrique de vente en ligne, est en cours de création.

DNA-30/10/2016

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