Filière nucléaire : un doute potentiellement explosif

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Selon Les Échos , des dossiers de fabrication de pièces composant les réacteurs auraient été falsifiés pour correspondre aux normes en vigueur. Un nouvel écueil qui fragilise Areva et EDF.

 Emmanuel Macron , le ministre de l’Économie (à gauche), accueilli lundi au Creusot par Philippe Knoche, directeur général d’Areva. Photo AFP

Emmanuel Macron , le ministre de l’Économie (à gauche), accueilli lundi au Creusot par Philippe Knoche, directeur général d’Areva. Photo AFP

La série noire continue pour la filière nucléaire française. Après les imperfections dans la cuve de l’EPR de Flamanville, c’est un ensemble de falsifications de dossiers de fabrication de composants nucléaires à l’usine de Creusot Forge qui vient d’être mis au jour, selon Les Échos.

D’étranges anomalies

Tout est parti des défauts de la cuve de l’EPR. En avril 2015, l’Autorité de sûreté nucléaire tire la sonnette d’alarme après avoir détecté une anomalie dans la composition de l’acier du couvercle et du fond de la cuve du réacteur de troisième génération construit par EDF et Areva. Un audit est lancé pour tenter d’en comprendre l’origine. Il cible l’usine du Creusot où Areva a forgé la cuve de Flamanville. L’enquête met en lumière des incohérences dans 400 dossiers de fabrication sur 10 000 examinés, recouvrant une période d’une cinquantaine d’années. Un opérateur réalisait des tests sur une pièce métallurgique, qui étaient ensuite retranscrits dans des procès-verbaux par des « coordinateurs qualité » pour attester la conformité des pièces. « En cas de valeur obtenue dans le haut de la norme requise, les procès-verbaux de certains dossiers auraient été modifiés avec un procès-verbal « officiel » retenant une valeur « moyenne » dans le rapport de fin de fabrication », selon Les Échos.

Confiance rompue

L’information met à mal une filière nucléaire française déjà fragilisée par les retards et les surcoûts de la construction des réacteurs EPR, qu’il s’agisse de Flamanville ou d’Olkiluoto en Finlande. Cette fois, c’est la question même du savoir-faire technique qui est posée. L’EPR de Flamanville pourra-t-il être mis en route ? L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a autorisé les essais supplémentaires demandés par Areva et EDF après les mauvais résultats de deux premiers tests. Les recherches sur la solidité de la cuve où se produit la fission des atomes se poursuivront jusqu’à la fin de l’année. Ensuite, l’Autorité tranchera.

Les pièces dont les dossiers auraient été falsifiés à l’usine du Creusot présentent-elles un risque ? Là encore, pas de réponse. L’ASN a donné deux semaines à Areva pour mesurer les impacts de ces anomalies sur les pièces fournies à ses clients.

Contrats fragilisés La sûreté est un élément essentiel de vente de l’énergie atomique aux citoyens français comme aux pays étrangers. L’impossibilité d’EDF et d’Areva à fournir des informations transparentes et fiables pourrait entraîner ses clients à demander des comptes. Et remettre en cause de futurs contrats, au moment où le débat sur l’engagement (ou non) d’EDF dans la construction de l’EPR d’Hinckley Point en Angleterre faire rage.

L’EPR de Flamanville devait être la vitrine du savoir-faire nucléaire à la française, celui qui avait fait le succès de l’Hexagone lors de la construction des réacteurs de première génération à partir des années 70. Ses échecs illustrent à l’inverse les difficultés du pays à construire les successeurs des centrales à l’ancienne. Et enfoncent dans la tourmente financière les entreprises qui portaient les projets, Areva et EDF.

Élodie Bécu 04/05/2016

 

Publié dans Nucléaire

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