Vie et œuvre de Jean-Henri FABRE (1823-1915)

Publié le par René Michaud

Vie et œuvre de Jean-Henri FABRE (1823-1915)

Jean-Henri FABRE est l'entomologiste Français le plus connu dans notre pays et à l'étranger (au Japon en particulier) grâce notamment à la publication de ses " Souvenirs Entomologiques ". Son œuvre, quoique très controversée dans le milieu scientifique, a néanmoins remporté un véritable succès auprès du grand public par son écriture simple, souvent considérée à tort comme œuvre de vulgarisation.

Jean Henri Casimir FABRE est né le 21 décembre 1823 à Saint-Léons du Lévézou dans le Rouergue (département de l'Aveyron à 15 Kms au nord de Millau).

Maison natale de Jean-Henri Fabre. Photo : René MichaudMaison natale de Jean-Henri Fabre. Photo : René Michaud
Maison natale de Jean-Henri Fabre. Photo : René Michaud

Maison natale de Jean-Henri Fabre. Photo : René Michaud

Né de parents pauvres, c'est grâce à une bourse d’études qu'il entrera à l'école normale primaire d'Avignon en 1840. Après deux ans d'études -au lieu des trois normalement requises- il passe avec succès le brevet supérieur, en août 1842, et sera nommé instituteur au collège de Carpentras où il enseignera jusqu'en 1849. Jean-Henri FABRE sera un fervent pratiquant de l'enseignement sur le terrain emmenant ses classes dans la campagne autour de la ville.

Très proche de la nature il fera sa première escalade du mont Ventoux en 1842 (plus de 40 ascensions suivront)…

Véritable boulimique du savoir, pour ne pas dire surdoué, il enchaine les diplômes :

1845 - Bachelier ès Lettres

1847 - Bachelier ès Mathématiques

1848 - Licencié ès Lettres

C'est la lecture de « L'histoire naturelle des animaux articulés » de Castelnau, Blanchard et Lucas qui déterminera l'orientation de sa carrière et lui vaudra d'être, plusieurs années plus tard, " l'observateur inimitable" selon Charles Darwin dans son magistral " L'Origine des Espèces".

Saint-Léons du Lévézou, village natal de J.H. Fabre. Photo : René Michaud

Saint-Léons du Lévézou, village natal de J.H. Fabre. Photo : René Michaud

1849 - Jean-Henri FABRE est nommé professeur de Physique au lycée Fesch d’ Ajaccio en Corse. Il profitera de son temps libre pour herboriser sur l’ile de beauté en compagnie d’Alfred Moquin-Tendon, éminent botaniste de Montpellier qui viendra en Corse après le décès d’Esprit Requiem, le botaniste Avignonnais, pour continuer son travail sur la flore locale.

Ces deux hommes ont profondément déterminé l’orientation naturaliste de FABRE.

1852 - Jean-Henri FABRE revient sur le continent où il est nommé professeur répétiteur de physique et chimie au lycée d’Avignon.

1855 - Jean-Henri FABRE soutient une thèse intitulée « Recherche sur l’anatomie des organes reproducteurs et sur le développement des Myriapodes » puis une seconde en botanique « Recherche sur les tubercules d’Himantoglosum lurcinum (orchis bouc) », il a alors 32 ans.

La même année, l’académie des sciences lui décerne le « Prix Montyon » pour ses travaux.

1858 - Jean-Henri FABRE est nommé professeur titulaire au lycée d’Avignon. Relativement isolé le savant Fabre entretiendra des correspondances suivies avec la communauté scientifique et en particulier :

- Charles Darwin

- Léon Dufour (médecin entomologue)

- Théodore Delacour (de la maison Vilmorin, graines et semences)

- Bernard Verlot (chef des cultures du Muséum d’Histoires Naturelles de Paris)

Localement il a des contacts étroits avec les érudits :

- Fréderic Mistral, écrivain, poète et membre co-fondateur du mouvement Félibrige

- Joseph Roumanille, écrivain, poète et également membre co-fondateur du mouvement Félibrige

- L’instituteur de Sérignan Charasse qui ne le quittera plus

- La famille Baroncelli

- Jeanne de Flandresy

1860/1867 - Agé de 37 ans et souhaitant une orientation plus scientifique de sa carrière, il entreprend une étude sur l’extraction d’une substance tinctoriale -l’Alizarine- utilisée pour la teinture des tissus (rouge).Malheureusement, son projet sera stoppé net par la réalisation industrielle d’une teinture de synthèse. Déçu, il entreprend alors la rédaction d’ouvrages scolaires et publie, en 1860 chez Delagrave, ¨Cours élémentaires de chimie agricole¨ suivi, en 1861, de ¨Chimie agricole ; Physique et Cosmographie¨. En 1860 parait ¨La Terre¨. En 1866 ¨Le Ciel ¨ et, en 1867 son ¨Histoire de la Bûche ¨.

Déjà considérablement réputé pour ses connaissances entomologiques, Jean-Henri FABRE aura l’honneur d’une visite consultative de Pasteur, chez lui en 1865 (entrevue contée par Fabre dans le 9ème volume de ses « Souvenirs Entomologiques »).

1868 - Victor Duruy, Ministre de l’instruction public, lui rend visite et le convoque à Paris. Fabre se rend à Paris à reculons. Victor Duruy le présente à Napoléon III qui lui remet la Légion d’Honneur.

1869 - Malgré la chute de Victor Duruy, Fabre sera chargé, durant 2 ans, de cours pour adultes. Excellent pédagogue, botaniste hors pair, ses cours remportent un vif succès auprès des filles et garçons qui constituent son auditoire. Toutefois, évoquant la sexualité des plantes, il est victime d’une cabale religieuse et est injustement révoqué.

Fin 1870 - Jean-Henri FABRE démissionne et quitte Avignon pour la cité d’Orange avec ses cinq enfants. Il y écrira la 1ère série des ¨Souvenirs entomologiques¨.

1871 / 1885 - Plusieurs déménagements s’en suivront mais Fabre ne s’adapte pas à la ville. Pendant cette période, son fils Jules (né en 1861) se montre de plus en plus concerné par les travaux de son père qui voit en lui son digne successeur. Malheureusement, Jules décède en 1877 alors qu’il a tout juste 16 ans ! Fabre ne s’en remettra pas.

En 1878, nouveau coup dur avec la disparition de son ami Stuart Mill qui décède d’une pneumonie. Cet ami Anglais, avec lequel il herborisait, l’avait par ailleurs aidé financièrement lorsqu’il avait dû quitter Avignon.

C’est à 56 ans que Fabre achète ¨l’Harmas¨ à 8 km au nord-est d’Orange, à Sérignant-du-Comtat. "C’est là ce que je désirais (« Hoc erat in votis » tel Horace) un coin de terre. Oh ! Pas bien grand…" C’est ainsi qu’il commence la 2ème série des ¨Souvenirs entomologiques¨.

"L'Harmas" de Jean-Henri Fabre. Photo : René Michaud

"L'Harmas" de Jean-Henri Fabre. Photo : René Michaud

C’est dans ce domaine qu’il va s’adonner à l’observation des mœurs des insectes et à la rédaction des 9 volumes suivants de son œuvre majeure.

Les ¨Souvenirs entomologiques¨ seront traduits en Anglais, paraitront en Grande-Bretagne, à New-York, au Canada, en Australie, en Afrique du sud, en Nouvelle-Zélande et au Japon.

Veuf en 1885, Fabre épousera en secondes noces Marie-Josèphe Daudel de 41 ans sa cadette et dont il aura 3 enfants. Rédigeant des ouvrages scolaires ses revenus seront assurés.

Fabre vécu 36 ans à ¨l’Harmas¨ jusqu’à sa mort en 1915.

Vie et œuvre de Jean-Henri FABRE (1823-1915)

Ci-dessous (Source Yves Delange dans « De l’homme et des insectes », ouvrage réalisé en 2003 à l’occasion d’une grande exposition sur Fabre à Paris par la fondation EDF) :

« Si Fabre faisait beaucoup appel à la mémoire, il accordait aussi une importance primordiale aux notes rédigées sur place, dans le feu de l’action. En 1910 eu lieu le Jubilé de Fabre en présence de nombreuses personnalités : Frédéric Mistral (Poète), Berson, Henri Poincaré (Mathématicien), Bouvier, Edmond Rostand (écrivain), Romain Rolland (écrivain), Maeterlink (écrivain, entomologiste), Lord Avebury et le directeur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, Edmond Perrier.

Entre autres distinctions, Fabre reçu ce jour-là :

- Une plaquette d’or gravée par le burin de Sicard.

- La médaille de Linné, soit la plus haute distinction de l’académie des Sciences de Stockholm.

Alors, Fabre, scientifique ou littéraire ?

Edmond Rostand l’avait, dès la fin du 19ème siècle, désigné comme étant « Un grand savant qui pense en philosophe voit en artiste sent et s’exprime en poète ».

C’est parce qu’il en est ainsi que, de tous les pays du monde, des hommes de réflexion viennent visiter ¨l’Harmas¨ et désormais prolongent leur visite jusqu’au village naguère si isolé de Saint-Léons où se trouve ¨Micropolis¨ et le petit musée de la maison natale de l’entomologiste universellement connu et respecté.

Micropolis, la cité des insectes est un espace consacré à l'entomologiste Jean-Henri Fabre, situé sur le Lévézou, à Saint-Léons. Photo : René Michaud

Micropolis, la cité des insectes est un espace consacré à l'entomologiste Jean-Henri Fabre, situé sur le Lévézou, à Saint-Léons. Photo : René Michaud

Jean-Henri FABRE est décédé le lundi 11 octobre 1915 vers 18h00 à l’âge de 92 ans dans son ¨Harmas ¨ à Sérignant-du-Comtat.

Quelques chiffres sur son œuvre (source catalogue fondation EDF expo Parisienne de 2003) :

- Son herbier régional riche de 82 liasses pour environ 20 000 planches.

- Aquarelles de champignons (environ 500 planches).

- Livres scolaires et didactiques (environ 40 volumes) et 90 ouvrages comprenant des reprises et mises à jour selon Yves Cambefort dans ¨ L’œuvre de Jean Henri Fabre¨.

- Son œuvre majeure ¨Souvenirs Entomologiques¨ (10 volumes) complétée par la biographie du Dr G.V Legros comme le 11ème volume.

C’est dans cette biographie que se trouve le « Répertoire Général Analytique des Souvenirs Entomologiques ». On y apprend, entre autre, que Fabre "aura passé en revue une partie appréciable de la faune entomologique de nos campagnes et de nos bois (…) dont le recensement dépasse la soixantaine d’insectes et qu’il a décrit ou esquissé les mœurs d’une cinquantaine d’espèces d’hyménoptères".

Fabre n’aimant pas beaucoup la systématique, ce 11ème volume a remédié aux quelques erreurs qui en ont résulté (selon la systématique de l’époque bien entendu).

Vie et œuvre de Jean-Henri FABRE (1823-1915)

Si Jean Henri Fabre à été à l’origine de nombreuses vocations de naturalistes comme Jean Rostand (biologiste) et Claude Nuridsany (biologiste, auteur de livres sur la photo des insectes et du film Microcosmos) entre autres, il a eu et a toujours de nombreux détracteurs dénonçant pêle-mêle :

- l’approximation de la détermination des insectes étudiés,

- sa propension à faire croire qu’il découvrait des comportements inédits en ignorant ostensiblement les travaux de ses confrères et prédécesseurs,

- son opposition farouche à la théorie de l’évolution de Darwin et ce en dépit de leur aimable correspondance, interrompue par la mort du Maître en avril 1882… (Lire à ce propos l’ouvrage très documenté et très critique de Patrick Tort ¨Fabre le miroir aux insectes¨ -Editions Vuibert / ADAPT- qui y recense les contradictions et omissions de Jean Henri Fabre).

- la connotation ¨mystique voir religieuse¨ de certaines de ses conclusions sur l’Instinct notamment.

Par son attitude hostile envers le milieu scientifique (il exposait à l’entrée de l’Harmas un chapeau haut de forme transformé en pot de fleurs) il s’est fermé à toutes possibilités de reconnaissance de ses pairs universitaires et a préféré continuer une œuvre que l’on qualifierait aujourd’hui de vulgarisation scientifique bien que des pages entières soient encore actuellement reconnues de grande qualité scientifique comme celles consacrées au Scarabée doré (volume 5 des souvenirs) par exemple.

René Michaud (février 2016)

Sources et bibliographie :

- Différents textes résumant la vie de J.H.Fabre glanés sur sites par votre serviteur en 1984 ; 1990 ; 2001 et 2013.

- Le catalogue de l’exposition sur Fabre de 2003 à Paris réalisé par la fondation EDF.

- Les 11 volumes des Souvenirs Entomologiques.

- Différentes biographies sur Fabre dont : le « 11ème volume des Souvenirs » par G.V Legros premier biographe et amis du maître, « Fabre l’homme qui aimait les insectes » par Yves Delange chez JCLattès 1981, « J.H.Fabre l’Observateur incomparable » par Alix Delage chez 2ditions du Rouergue 2005

- Et bien d’autres ouvrages propriété de René Michaud…

Cabinet de travail de Jean-Henri Fabre. Photo : René Michaud

Cabinet de travail de Jean-Henri Fabre. Photo : René Michaud

Publié dans Portrait

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

René Michaud 22/02/2016 13:54

Concernant la prise de position de Fabre par rapport aux rapaces (extrait cité ci-dessous), voilà qui demande quelques précisions.

Ainsi, j’ai en ma possession un exemplaire des « Auxiliaires » de J.H. Fabre (1918) et le texte en question se trouve page 140 (au tout début du paragraphe XVIII) : Fabre (enfin oncle Paul) répond à la question de Louis : « Que faire contre des ennemis comme l'aigle....? ». Suit le texte en question !
Mais comme dans toutes les citations il convient de les remettre dans son contexte.

Or, dans le paragraphe précédent qui concerne déjà l'aigle, Fabre développe plusieurs histoires (en France et aux Amériques) contées à la fin du 19ème siècle sur l'enlèvement de lapins, d'agneaux et même d'une fillette de 5 ans qui auraient été emportés par ce rapace au prix de leur vie.

Cette histoire américaine a été rapporté à Fabre par un de ses amis connu de tous en la personne d'Audubon, le grand explorateur et dessinateur célèbre pour ses planches d'oiseaux entre autres.

Sans vouloir défendre cette thèse aujourd'hui très contesté, il faut comprendre qu'à cette époque l'homme considérait certains prédateurs comme ses ennemis personnel au même titre que le loup etc.
Fabre n’avait sans doute pas d’informations contraires à opposer aux récits des paysans de l'époque fortement attestés par les morts qui eux étaient bien réels !?

Rappelons-nous tout de même que l'histoire de la bête du Gévaudan est encore dans toutes les mémoires bien que datant des années 1760/70.

Le grand R.L Stevenson lui-même y fait allusion dans sa « Traversée des Cévennes avec un âne » alors qu'il dort durant 3 semaines à la belle étoile avec comme seule arme un simple revolver pour faire face aux prédateurs et autres brigands.
Cette traversée des Cévennes par R.L Stevenson a été effectuée en septembre 1878 et a duré 12 jours exactement.

Dans l'exemplaire 10/18 (N°1201) que je possède.(paragraphe « Haut-Gévaudan » (Campement dans l'obscurité, page 59) Stevenson qui est pris dans une tempête en pleine nuit s'égare et trouve, après des heures angoissantes, un hameau. Une porte s'ouvre enfin sur sa détresse, la famille écoute ses explications sur son égarement tout en restant sur le pas de la porte. Après une laborieuse conversation la conclusion est je cite (page 65) : « L'important dis-je est d'en finir. Et une fois de plus je proposai qu'il m'aidât à trouver un guide.
C'est que, reprit-il de nouveau, c'est que... il fait noir ! Fort bien, dis-je prenez une de vos lanternes. Non, s'écria-t-il hésitant à découvrir sa pensée […] Je le regardai, je lus sur son visage une réelle frayeur qui luttait avec une honte réelle […] ». Stevenson lui demanda ce qu'il devait faire : « je ne sais pas, dit-il ! Je ne passerai pas le seuil. Voilà la bête du Gévaudan, pas d'erreur ! » Fin de citation.

Denis Schmitt 21/02/2016 12:55

Jean Henri Casimir FABRE est né le 21 décembre 1823 et décédé le 11 octobre 1915... Autrement dit voici un siècle avant que les choses commencent réellement à se gâter.
Si le 19ème ne fut pas « rose », à l’évidence le 20ème fut « noir » (nucléaire, déforestation à échelle continentale, épuisement des énergies fossiles, usage systématique des engrais, des pesticides, fracturation hydraulique, marées noires, accélération du réchauffement de la planète, pollution comme jamais de l'eau, usage des transports routiers -comme si les véhicules fonctionnaient tels des jouets d'enfant avec un remontoir à clef-, destruction de 50 % des espèces vivantes en moins d'un siècle, j’en passe et pas vraiment des meilleurs...)
Qu’aurait été la vie de Jean-Henri Fabre, cet amoureux de la nature s’il avait connu cette « noirceur » et subi comme nous le diktat des destructeurs du vivant qui désormais font la loi ?
C’est avec affection et soulagement que je me dis que cela lui fut épargné.
Nul n’est cependant prophète en son pays puisque son œuvre fut contestée par ses pairs.
Évoquant la sexualité des plantes, il fut victime d’une cabale religieuse et injustement révoqué… Il est aujourd’hui des endroits du monde où, pour des sujets « moins sulfureux », il se serait fait égorger illico ! Des endroits où brille l’obscurantisme ( ?) où l’on croit qu’un dieu créa la terre et toutes les bestioles qui la peuplent…
Autre temps autres mœurs : jamais, aujourd’hui, aucun postulant, professeur d’école titulaire d’un « master II », aussi brillant fut-il, ne verrait son cursus IUFM abrégé…

Précurseur, Jean-Henri Fabre sera un fervent pratiquant de l'enseignement sur le terrain emmenant ses classes dans la campagne autour de la ville, ce que fit également –et non sans opposition voire hostilité des autorités de tutelle- un certain Célestin Freinet (1896-1966).

Veuf en 1885, Fabre épousera en secondes noces Marie-Josèphe de 41 ans sa cadette dont il aura 3 enfants. Comme quoi, on peut se passionner pour les insectes et n’en être pas moins homme…

Rédigeant des ouvrages scolaires ses revenus seront assurés : Il faut bien nourrir tous les siens pardi !

Un peu truand, malhonnête ou trop enthousiaste ? On lui reprochait l’approximation de la détermination des insectes étudiés, sa propension à faire croire qu’il découvrait des comportements inédits en ignorant ostensiblement les travaux de ses confrères et prédécesseurs… Plus grave sans doute : son opposition farouche à la théorie de l’évolution de Darwin... Et, enfin, moins compréhensible : sa diatribe écrite en 1890 à propos des rapaces qui me laisse dubitatif !

Nul n’étant parfait, la connotation « mystique voir religieuse » de certaines de ses conclusions sur l’Instinct notamment : il n’y a pas très longtemps, j’ai entendu quelqu’un formuler la même remarque à propos de Jean-Marie Pelt. !

Comme quoi, diable : il semblerait que l’on puisse être un grand scientifique et avoir la foi !!!

Jean-Louis 21/02/2016 06:12

« Incomparable observateur » selon Darwin, J.H. Fabre et ses « Souvenirs entomologiques » resteront sans conteste à jamais à la postérité ! Son intérêt pour les « petites bêtes » mais aussi, plus généralement, pour les végétaux et les minéraux a abouti à une œuvre réellement exceptionnelle : l’œuvre de toute une vie dont une bonne part sera effectivement consacrée à ce que l’on appelait alors les « sciences naturelles » !

Grand solitaire qui avait trouvé un véritable havre de paix à « l’Harmas » (où il s’isolait volontairement du reste du monde), J.H. Favre « bricolait » inlassablement, inconscient sans doute de la discipline qu’il initiait et distillait autour de lui !

S’il aimait profondément la vie –il détestait par exemple les insectes épinglés sur des planches- certaines contradictions lui collent cependant durablement –et fort justement- à la peau ! Ainsi cette diatribe singulière du célèbre entomologiste écrite en 1890 à propos des rapaces : « Je serai bref sur les oiseaux de proies diurnes, presque tous vrais bandits, vivants à nos détriments, de meurtre et de brigandage […]. La destruction des nids est le moyen le plus sûr de mettre fin aux ravages qu’ils font parfois dans les troupeaux ».

Cette prise de position parfaitement injuste à l’égard des rapaces a probablement beaucoup contribué en son temps à la persécution et à la destruction de ceux-ci !

Curieux paradoxe en effet que cette face d’ombre d’un homme par ailleurs éminent ! Peut-être qu’une telle méconnaissance qui nous fait bondir aujourd’hui, est partiellement imputable à l’époque… Toujours est-il que cela démontre que l’on peut être un génie tout en ayant une vision parfois relativement étriquée de la biodiversité ! C’est étrange mais c’est ainsi…

Si, personnellement, cet aspect controversé de J.H. Fabre, me contrarie je n’en garde pas moins et malgré tout une profonde et respectueuse estime du Maître !